Un réveil brumeux

4 02 2011

Lorsque je reprends conscience, je suis mal, très mal. J’en ai pourtant vécu des anesthésies générales. Depuis l’âge de 7 ou 8 ans je côtoie les blocs opératoires pour des opérations des oreilles à force d’otites à répétition. J’ai l’habitude du masque anesthésiant à la fraise qu’on met aux enfants pour éviter les piqûres. Et, chaque fois, je m’endors facilement, avec même une sensation de plaisir. J’ai toujours aimé dormir! Devenue adulte, ou presque, j’ai continué pour diverses raisons à subir des anesthésies générales mais avec de plus en plus d’appréhension. La conscience du danger, surement, mêlée à ma responsabilité de mère de famille. C’est comme la peur en avion, çà. Et puis c’est comme tout dans la vie, en fait. Quand on vieillit, on réalise. On concrétise. On évalue les risques. On sait. Quand on est môme, on n’a “même pas” peur. On fonce, on tente, on est curieux. C’est après que çà vient. Tout doucement. Elle prend forme. Cette conscience, là. Ce doute. On réalise qu’on a  traversé des tempêtes, provoqué des ouragans, mis les mains, les pieds et la tête aussi dans des feus qui auraient pu nous embraser, pris des risques fous. On se dit à posteriori : comment j’ai fais ? Quel bol de s’en être sorti ! Donc là, dans mon lit à roulettes, immobile au milieu des autres dans la fameuse “salle” de réveil, je ne suis pas bien du tout. Une douce jeune fille me touche la main : “Madame, Madame, vous m’entendez ?” Cela me rappelle inévitablement le même “Madame, Madame” entendu quelques années plus tôt à la fin d’une soirée largement arrosée à l’autre bout du monde vers 4 heures du mat’. C’était dans une autre langue mais heureusement pour moi cette nuit-là, la consonance était la même en anglais qu’en français. Gentil serveur caribéen qui tentait de me réveiller alors que je dormais avachie sur 2 chaises que j’avais mises bout à bout pour feindre un lit douillet. Cet épisode terminé, nous ne cesserons, avec mon acolyte professionnelle préférée, de nous remémorer cette scène en souvenir de grands moments! Mais, là, tout de suite je ne suis pas dans les Caraïbes. Il ne fait pas 25°C. Je ne suis pas bourrée non plus (quoique) et je n’entends pas de musique. Je tente un “oui” à peine audible. “Est-ce que vous avez mal ?”. La question me paraît saugrenue mais surgit au même moment la sensation étrange que je vais m’évanouir. Je réponds alors à la dame : “Non, j’ai pas mal, mais çà va pas”. “Qu’est-ce qui ne pas pas, Madame ?”. “Pfffff… j’sais pas, je pars…..”. Tout se met à tourner autour de moi et la douce jeune femme semble s’affoler. Elle baragouine une phrase dans laquelle je n’entends que le mot “morphine”. Et paf, elle m’injecte dans le haut du bras droit un produit qui instantanément me faire reprendre conscience. Je tourne ma tête pour voir l’horloge accrochée au mur blanc et je lis : 14h50. Oups, mon Homme doit m’attendre là haut. J’étais censée remonter vers midi… Je dois garder les yeux ouverts, absolument, lutter contre le sommeil qui veut m’envahir pour remonter vite. Pour que mon Homme n’attende pas. Pour qu’il ne s’inquiète pas. Finalement, Souleymane finit par revenir. Chouette! Re course poursuite dans les couloirs. Je suis moins fraîche que ce matin. J’essaie de rassembler mes souvenirs mais pour dire vrai, je ne me souviens pas que mon Homme était dans la chambre lorsque je suis revenue. Je crois qu’il est arrivé un peu plus tard. Si c’est çà, tant mieux. Si c’est pas çà, tant pis. Ce dont je me souviens en revanche c’est de mettre traînée aux toilettes, accrochée au porte perfusion, pour faire un pipi tout bleu. Çà y est, je me suis transformée en schtroumpfette… Et quand je te dis bleu, c’est bleu électrique. Comme du Harpic WC. La blague durera 48 heures et permets moi de te dire que c’est tout de même très étrange comme sensation! La fin de la journée me réserve une surprise de taille. Mon ex mari vient me rendre visite avec mes 2 ados chéris qui ont l’air un peu médusés de voir leur maman dans cet état là. Mon fils sourit de toutes ses dents, limite de rire, comme si je lui faisais une blague. C’est probablement aussi une façon de cacher son émotion, tellement pudique ce garçon! Ma fille aînée, quant à elle, est plus fermée contrairement à son habitude. Elle paraît plus inquiète. Il faut dire que la scène est inhabituelle. Mon Homme avec mon ex et les 2 enfants. L’atmosphère se refroidit comme toujours en présence de mon ex… Les enfants ont l’air moins à l’aise. Bon, toutes façons, va pas falloir prendre racines les p’tits loups, maman est fatiguée et a juste une énorme envie de dormir. Mon ex nous salue. C’est gentil quand même d’être venue. Il a l’air touché par ce qui m’arrive. Très étonnant quand je repense à son attitude lorsque j’étais parfois malade (certes moins grave mais malade quand même) lors de notre mariage. Cela le rendait désagréable voire agressif. Mais ce n’est pas non plus le sujet ici et ceci fera l’objet d’un autre “défouloir”, un autre jour… Mon Homme, lui, comprend vite (comme toujours) que j’ai besoin de dormir. Demain est un autre jour. J’ai déjà hâte de retrouver ma maison et surtout de savoir si je vais pouvoir passer Noël avec eux…


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