Deuxième vague

10 03 2011

Sur la route empruntée depuis le début de cette aventure, certains jours, certains moments vont rester gravés dans ma mémoire. Le rendez-vous avec le Docteur B. fait partie de ceux-là. Un rendez-vous post opératoire qui n’a, à priori, rien d’angoissant puisque le Docteur H. m’a debriefé la veille en m’annonçant plutôt des bonnes nouvelles. Tellement rien d’angoissant que je dis à mon Homme qui vient de s’avaler comme moi 1 heure d’entretien avec Nadja, de partir. Que çà va aller. Que je n’ai pas besoin qu’il reste. Que ce rendez-vous n’est qu’une redite de la veille. Qu’il a du boulot. Que ses gars (il est Chef mon mec!) ont besoin de lui sur le terrain. Qu’il peut y aller. Confiant, il s’éclipse donc et je reste dans le couloir/salle d’attente en attendant mon tour. Le Docteur B. vient me chercher quelques minutes plus tard. Je ne sais pas encore quelle douche froide, que dis-je,  glaciale va me tomber dessus! A peine assise en face de moi, de l’autre côté de son bureau, elle plante son regard vert serpent dans mes yeux (noisettes/marrons glacés hi, hi). Je sens immédiatement que je ne sortirai pas indemne de ce cabinet. “Eh ben, dites donc, les nouvelles ne sont pas très bonnes, hein ?” … ??? Je la regarde, stupéfaite. “Ben, … heu… Ah, bon ? mais je …”. Elle poursuit “Ben, nan! Dites-moi c’est une petite teigneuse, hein ?”. Je reste abasourdie. Je comprends qu’elle parle de ma tumeur. En plus des mots qu’elles prononcent, son regard est toujours planté dans mes yeux et son air grave, très grave. Et je comprends. Je réalise à cet instant précis que je peux en mourir. J’ai froid dans le dos. Devant mon air ahuri, elle poursuit “Heureusement que vous l’avez découverte le mois dernier car si vous aviez attendu la prochaine mammo en avril, …”. Fin de la phrase. Je vous laisse deviner la suite. Ceci n’est pas un jeu… Juste un moyen de retranscrire ce que j’ai ressenti à l’audition de ces mots! En gros, si j’avais pas vu, je serais peut-être morte ou incurable!!! Rien que çà. Je lâche un “Ah oui, quand même…”. Elle continue “Vous savez il y a des fois où on se demande entre nous, médecins, si on ne sur-médicamente pas trop telle ou telle patiente en fonction de sa tumeur, mais là, dans votre cas aucun doute.” Okay. Je comprends. Trop bien même. Je ne sais plus bien si c’est tout ce qu’elle a dit ou si elle a ajouté autre chose. En tous cas, moi, c’est tout ce que j’ai entendu. Avec la dernière petite chose, genre cerise sur le gâteau. En fait de cerise, c’est la pire. A sa demande de savoir si j’ai des questions, je me lance “Oui j’ai une question qui me passe dans la tête depuis quelques jours… Si on ne fait rien, là, y s’passe quoi ?”. Evidemment, je connais la réponse. Bien sur, je sais. Mais j’ai sans doute besoin de l’entendre de sa bouche. Pour réaliser. Prendre conscience que j’ai une maladie très grave et que ma vie, pour la première fois, est en jeu. Alors, avec son regard vert perçant immuablement ancré dans le mien, elle me dit très calmement “Vous savez, il existe un jeu qui s’appelle la roulette russe.” Elle marque un temps d’arrêt. “Et dans votre cas…” Une fois encore, elle ne finit pas sa phrase me laissant sans doute la finir moi-même. Ce que je fais “vous avez plus de chance de tomber sur la balle que pas.” Fin de la conversation. Fin de la consultation. Je sors. Je fais quelques pas dans le couloir. Je sens les sanglots monter dans ma gorge. Des larmes coulent de mes yeux. Je m’effondre. Immédiatement je pense à mon Homme. Au secours! J’ai besoin de lui. De son épaule. De ses bras. Je sors péniblement de l’hôpital. De l’air, il me faut de l’air. Je sors mon téléphone et l’appelle. Je raccroche. Le préserver. L’épargner. Puis de toutes façons peux pas parler. Je rappelle, en larmes. Bien sur, il décroche à la première sonnerie. Il est retourné. Blessé. Désolé d’avoir manqué ce rendez-vous. Justement celui-là. Sa voix me fait du bien. Me calme. Je devais passer au bureau, voir les filles et puis faire un peu de tri avant mon départ. Le docteur H. m’a mise en arrêt maladie hier. Longue maladie. 3 mois. Renouvelables. Le temps s’est arrêté. Je suis incapable d’y aller, de parler avec qui que ce soit… “Je vais rentrer à la maison” lui dis-je. Çà le rassure. J’ai justement un message de Flap, petit surnom d’une amie au bureau qui me demande si elle m’attend ou pas pour déjeuner … Sa voix aussi me fait du bien. Je rappelle. Répondeur. Message en peu brouillé par les larmes. Je rentre. Je suis anéantie. Une fois de plus. La deuxième vague a recouvert mes espérances. Je suis sous l’eau.

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