Bienvenue en enfer

3 05 2011

Après cette première séance de chimio, mon Homme me raccompagne à la maison. Je suis groggy, ou plutôt shootée. Je n’ai jamais pris d’héroïne mais j’imagine que çà doit faire un peu le même effet. Déconnectée du réel et plongée dans un état léthargique avancé… Après une traversée de Paris qui me paraît durer une éternité mais pendant laquelle je ne vois rien, n’analyse rien, nous arrivons à la maison dans l’après-midi. Je suis toujours dans un état léthargique et survoltée en même temps avec la ferme sensation de ne pas être dans mon état normal… Je décide de m’allonger pour essayer de dormir, ce qui me permettrait d’oublier cet état qui, en fait, m’impressionne et me fait peur. Je ne maîtrise rien de ces sensations inconnues et çà, je n’aime pas! Le sommeil ne vient pas. Mon homme est reparti travailler et j’attends impatiemment Clémence, la nounou, et Pounette qui doit rentrer de l’école. J’avais prévu de ne pas pouvoir aller à l’école la chercher, en revanche j’avais imaginé quelques jours auparavant pouvoir dîner chez des amis ce soir… N’importe quoi, la fille! C’est Anne, mon petit poisson pilote, même maladie, même protocole de chimio, même âge qui avait marqué un blanc au téléphone quand je lui ai dit : “On verra, si çà se trouve çà ira et nous viendrons, ce sera chouette!”. Elle m’avait gentiment répondu “Oui, oui tu verras mais tu seras surement très fatiguée”. Elle me diras des semaines plus tard qu’elle a souri de ma naïveté, elle qui avait déjà traversé 2 séances et qui restait 4 jours couchée après chacune des cures… No comment. Mais çà, en fin d’après-midi je ne le sais pas encore. Je suis toujours anéantie sur mon lit attendant patiemment (pour l’instant) que çà passe… En fin d’après-midi, non seulement çà n’est pas “passé” mais en plus les nausées arrivent. Une sorte de mal au coeur épouvantable permanent. Je dîne quand même léger, ne fume pas, ne boit pas de vin. Je retourne au lit après avoir tenté le canapé devant la télé… Mes yeux se ferment. Je sens que je vais m’endormir et je saute sur l’occasion pour me coucher. Et là, commence la nuit la plus effroyable de ma vie. Oscillant entre mal au coeur et sensation inexorable de m’évanouir, mon corps ne répond plus et je sens que tout m’échappe. J’ai pourtant bien pris tous les médicaments : anti-nauséeux, anti trucs, anti machins… mais rien ne passe. Vers minuit, je suis toujours dans le même état avec, en plus, la nuit qui amplifie tout, et les angoisses qui montent doucement mais surement. Résultat, le coeur s’emballe, la tête me tourne. Je m’assois, me rallonge, me rassois, me met sur le côté, me rallonge. Je tourne, je vire. Au milieu de la nuit, où peut-être vers le petit matin, je m’assois, toujours accrochée à la main de mon Homme qui lui non plus n’a pas fermé l’oeil et je fonds en larmes. Rien ne peut m’arrêter et je pense que je ne vais pas supporter plus longtemps. J’imagine les femmes qui sont seules dans ces moments-là et qui n’ont qu’une seule envie : ouvrir la fenêtre et se jeter dans le vide. Pour que cesse cette souffrance. Pour que l’angoisse et la peur s’éloignent. Pour que tout s’arrête… Je demande à mon Homme si il a le numéro d’urgence de l’hôpital Saint Louis sous la main, au cas où. Tellement j’ai peur de ne pas supporter, tellement je sens mon coeur s’emballer!! Il me répond “S’il y a un problème je fais le “15″ direct”. OK. Une fois de plus il me rassure. Une fois de plus, il assure!Je resterais dans cet état jusqu’au lendemain milieu d’après-midi, moment auquel je m’écroule de fatigue pour 2 heures seulement, avant de me réveiller… pas vraiment mieux. Les nausées ont duré pendant 4 jours. Et chaque soir, je me dis que je ne vais pas tenir le coup, et chaque matin, avec le bénéfice de la nuit, certes de courte durée, je me dis que çà va aller, que çà va déjà mieux, bref, je positive!enfer.jpg


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