Demi Moore… en mieux

6 06 2017

C’est donc un dimanche, en fin d’après-midi, que je réalise que je vais bientôt être chauve. Dure réalité à affronter, et pourtant va bien falloir, ma poule…Et ce n’est pas faute d’avoir préparé le terrain! Entre mon Homme qui m’appelle déjà ”ma Demi à moi” (à prendre dans les 2 sens, hé hé), Pounette qui nous dit du haut de ses 5 ans “Ben, oui… mais alors comment je vais faire moi pour reconnaitre Papa de Maman?” -papa est déjà chauve-, avec ses 2 yeux interrogateurs et son air sérieux qu’elle a quand elle est face à un VRAI problème, et la grande qui me dit haut et fort : “Ah, non mais alors là, çà va pas l’faire. Ma copine Machine, elle a jamais vu sa mère sans sa perruque!!!”. Ok, j’ai qu’à bien me tenir. Mais pour l’instant, je suis pas encore chauve, j’ai juste des poignées de cheveux dans les mains quand je les touche, au fond de la baignoire après ma douche, sur mes foulards, manteaux et autre cols roulés… Partout, partout et cette furieuse impression qu’il n’en restera plus un seul demain matin tant j’en jette. C’est fou le nombre de cheveux qu’on a sur la tête! Alors, bien sur je panique. Et si je n’avais pas le temps d’aller acheter la perruque ? Et si d’un seul coup, d’un seul, en allant chercher du pain, tous mes cheveux tombaient pour laisser apparaître mon crâne nu devant TOUT LE MONDE!!

Les quelques jours qui vont suivrent vont être très pénibles. Je prends, dès le lundi matin, un rendez-vous chez Any d’Avray, référence dans le monde de la perruque, chevelure d’appoint et autres postiches qui aident les femmes à rester belle malgré les traitements, pour le mercredi suivant 11h30… Cà, c’est fait. Maintenant il faut que je règle le problème de “j’y vais seule ou accompagnée ?”. Je crois que c’est la 1ère fois de ma vie d’adulte que j’ai vraiment peur de faire quelque chosetoute seule. Que j’ai besoin de quelqu’un. D’une épaule pour me poser. Je sais, je sens que çà va être dur. Donc faut que j’y aille avec une belle personne. Bon d’accord mais qui ? Je pense, bien sur en premier, à l’Homme qui m’accompagne dans cette galère depuis le début. Mais, très vite, je me dis que je ne dois pas lui infliger çà. Que la séduction s’éteindrait à jamais. Que notre amour si fort n’est peut-être pas indestructible. Je me sens trop faible face à cette épreuve et peut-être par orgueil, je ne veux pas qu’il me voit dans cette situation. Je pense ensuite à mon amie, Valou. Très vite, j’écarte cette piste : elle est loin et puis elle est tétanisée par cette maladie. Je pense à Anne, amie de boulot, que je sens forte et sur qui je peux m’appuyer. C’est à elle que je demanderai. Elle me dira oui sans aucune hésitation. Et puis “c’est où ? Quand et à quelle heure ?”.

Autre question qui me tarraude depuis cette 1ère poignée de cheveux dans la voiture… Faut-il que je me rase la tête tout de suite ? Attendre que tout soit tombé tout seul ? Là aussi, le faire seule ou le faire faire par quelqu’un ? J’ai lu quelque part que la personne qui vous reçoit chez Any d’Avray peut vous raser la tête si vous le souhaitez…. Heu… non. Bon, alors pour l’instant on va faire step by step. D’abord la perruque, après le rasage de tête. Rendez-vous donc derrière l’Opéra, rue Danielle Casanova, un mercredi froid et ensoleillé de février avec Anne. Accueil chaleureux. peu ou pas d’attente. Une jeune femme nous installe dans une petite cabine avec miroir… LE miroir qui va devenir très vite un ennemi que j’apprendrais à ré apprivoiser. Une femme d’environ mon âge arrive. Pas très souriante mais pas désagréable non plus. Elle connait son métier, c’est l’essentiel! Elle me donne d’entrée un premier conseil précieux : celui de ne pas choisir une perruque identique à ma coupe actuelle puisque ce n’est pas ma coupe habituelle. Je porte les cheveux plutôt mi-longs, voire longs. Autant se faire plaisir et se trouver sinon séduisante du moins jolie avec la perruque. On regarde aussi les tarifs, même si, à ce moment là je m’en fous. Ce qui est important pour moi c’est de régler ce problème de “chauvitude”, d’image. Je compte d’emblée sur les 125€ de la sécu et un complément de la mutuelle. Le prix moyen est aux alentours de 600€, pour des cheveux synthétiques. Je trouve çà très cher et j’ai une pensée pour les femmes qui n’ont pas les moyens… La dame nous laisse seules. J’essaye de déconner.Anne aussi. Mais le coeur n’y est pas. Pourtant, y a matière, dans le genre comique de situation!!! La dame revient avec 5 à 6 modèles différents : mi-longs, avec ou sans frange, dégradés ou pas, couleur foncée ou plus claire. Sans autres commentaires, elle m’enfile la 1ère perruque. Là, obligées, on frôle l’éclat de rire… La perruque à moitié enfoncée sur le front, de travers, c’est pour le moins troublant. La dernière perruque que j’ai porté, c’était il y a très longtemps, et c’était le modèle crazy horse en rouge!!! Une volonté clairement affichée de me travestir et non de m’embellir même si se cacher est la base de la manip dans les deux cas.

Bon, la perruque bien arrangée, c’est pas trop mal. Mais je suis tellement mal à l’intérieur de moi que je n’arrive pas à me trouver jolie. Autre essai. Elle m’enlève la perruque et là, oh désespoir! le miroir me renvoit une image terrible, que je n’oublierai jamais : celle d’un travesti qui rentre chez lui au petit matin, après une nuit de boulot et qui se démaquille dans sa salle de bains. Les cheveux collés au crâne, l’air triste, les traits tirés, le teint diaphane. Je partage cette image avec Anne qui esquisse un sourire mais qui me rassure très vite derrière… Je sais au fond de moi que çà la fait rire mais que ce rendez-vous est aussi un peu dur pour elle. Comme il le serait sans doute pour moi si j’accompagnais une personne que j’aime.

Aucun des autres essais ne sera aussi concluant que le 1er, y compris les perruques en cheveux naturels, pire que les autres et surtout 6 fois plus chers!!! On comprend mieux l’engouement du commerce des cheveux en ukraine ou en Asie. Bon, finalement, ce sera la 1ère, carré mi-longs, avec une frange destructurée et un châtain foncé, assez proche de ma couleur naturelle… Mon Homme nous attend au bout de la rue. Il n’a pas pû s’empêcher de venir, sans doute pour me soutenir. J’apprendrai plus tard qu’il est même resté là presque 1 heure pour surveiller nos 2 voitures que nous avions mal garées!! Je me sépare de Anne en sachant désormais que sa présence à ce rendez-vous a rendu notre amitié plus forte. Je m’arrête chez Kusmi Tea pour acheter la belle théière blanche que j’avais repéré et je m’avance enfin vers ma voiture et donc vers mon Homme qui a salué Anne et qui m’attend de pied ferme pour vois à quoi je ressemble!! Et là, incroyable, lui qui a pourtant un oeil de lynx et une faculté qu’il a transformé en compétence professionnelle de tout voir, de reconnaître des visages même après plusieurs années, d’être plus physionomiste que le meilleur des videurs de boîtes de nuit, cet Homme là ne me reconnaît pas! Bon, d’accord je suis encore à 30 mètres de lui mais d’habitude il m’aurait déjà vu et sourit. Là, je vois bien qu’il me cherche du regard, probablement troublé lui aussi et se demandant s’il va me reconnaître… Il m’aperçoit finalement lorsque je m’approche, me sourit enfin. Nous sommes un peu gênés et puis très vite je me sens bien. Ses yeux m’ont rendu belle et séduisante.

Me voilà sauvée, du moins pour le “dehors”. Je pourrai sortir, même chauve, sans craindre le regard des autres.

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