Demi Moore… en mieux

6 06 2017

C’est donc un dimanche, en fin d’après-midi, que je réalise que je vais bientôt être chauve. Dure réalité à affronter, et pourtant va bien falloir, ma poule…Et ce n’est pas faute d’avoir préparé le terrain! Entre mon Homme qui m’appelle déjà ”ma Demi à moi” (à prendre dans les 2 sens, hé hé), Pounette qui nous dit du haut de ses 5 ans “Ben, oui… mais alors comment je vais faire moi pour reconnaitre Papa de Maman?” -papa est déjà chauve-, avec ses 2 yeux interrogateurs et son air sérieux qu’elle a quand elle est face à un VRAI problème, et la grande qui me dit haut et fort : “Ah, non mais alors là, çà va pas l’faire. Ma copine Machine, elle a jamais vu sa mère sans sa perruque!!!”. Ok, j’ai qu’à bien me tenir. Mais pour l’instant, je suis pas encore chauve, j’ai juste des poignées de cheveux dans les mains quand je les touche, au fond de la baignoire après ma douche, sur mes foulards, manteaux et autre cols roulés… Partout, partout et cette furieuse impression qu’il n’en restera plus un seul demain matin tant j’en jette. C’est fou le nombre de cheveux qu’on a sur la tête! Alors, bien sur je panique. Et si je n’avais pas le temps d’aller acheter la perruque ? Et si d’un seul coup, d’un seul, en allant chercher du pain, tous mes cheveux tombaient pour laisser apparaître mon crâne nu devant TOUT LE MONDE!!

Les quelques jours qui vont suivrent vont être très pénibles. Je prends, dès le lundi matin, un rendez-vous chez Any d’Avray, référence dans le monde de la perruque, chevelure d’appoint et autres postiches qui aident les femmes à rester belle malgré les traitements, pour le mercredi suivant 11h30… Cà, c’est fait. Maintenant il faut que je règle le problème de “j’y vais seule ou accompagnée ?”. Je crois que c’est la 1ère fois de ma vie d’adulte que j’ai vraiment peur de faire quelque chosetoute seule. Que j’ai besoin de quelqu’un. D’une épaule pour me poser. Je sais, je sens que çà va être dur. Donc faut que j’y aille avec une belle personne. Bon d’accord mais qui ? Je pense, bien sur en premier, à l’Homme qui m’accompagne dans cette galère depuis le début. Mais, très vite, je me dis que je ne dois pas lui infliger çà. Que la séduction s’éteindrait à jamais. Que notre amour si fort n’est peut-être pas indestructible. Je me sens trop faible face à cette épreuve et peut-être par orgueil, je ne veux pas qu’il me voit dans cette situation. Je pense ensuite à mon amie, Valou. Très vite, j’écarte cette piste : elle est loin et puis elle est tétanisée par cette maladie. Je pense à Anne, amie de boulot, que je sens forte et sur qui je peux m’appuyer. C’est à elle que je demanderai. Elle me dira oui sans aucune hésitation. Et puis “c’est où ? Quand et à quelle heure ?”.

Autre question qui me tarraude depuis cette 1ère poignée de cheveux dans la voiture… Faut-il que je me rase la tête tout de suite ? Attendre que tout soit tombé tout seul ? Là aussi, le faire seule ou le faire faire par quelqu’un ? J’ai lu quelque part que la personne qui vous reçoit chez Any d’Avray peut vous raser la tête si vous le souhaitez…. Heu… non. Bon, alors pour l’instant on va faire step by step. D’abord la perruque, après le rasage de tête. Rendez-vous donc derrière l’Opéra, rue Danielle Casanova, un mercredi froid et ensoleillé de février avec Anne. Accueil chaleureux. peu ou pas d’attente. Une jeune femme nous installe dans une petite cabine avec miroir… LE miroir qui va devenir très vite un ennemi que j’apprendrais à ré apprivoiser. Une femme d’environ mon âge arrive. Pas très souriante mais pas désagréable non plus. Elle connait son métier, c’est l’essentiel! Elle me donne d’entrée un premier conseil précieux : celui de ne pas choisir une perruque identique à ma coupe actuelle puisque ce n’est pas ma coupe habituelle. Je porte les cheveux plutôt mi-longs, voire longs. Autant se faire plaisir et se trouver sinon séduisante du moins jolie avec la perruque. On regarde aussi les tarifs, même si, à ce moment là je m’en fous. Ce qui est important pour moi c’est de régler ce problème de “chauvitude”, d’image. Je compte d’emblée sur les 125€ de la sécu et un complément de la mutuelle. Le prix moyen est aux alentours de 600€, pour des cheveux synthétiques. Je trouve çà très cher et j’ai une pensée pour les femmes qui n’ont pas les moyens… La dame nous laisse seules. J’essaye de déconner.Anne aussi. Mais le coeur n’y est pas. Pourtant, y a matière, dans le genre comique de situation!!! La dame revient avec 5 à 6 modèles différents : mi-longs, avec ou sans frange, dégradés ou pas, couleur foncée ou plus claire. Sans autres commentaires, elle m’enfile la 1ère perruque. Là, obligées, on frôle l’éclat de rire… La perruque à moitié enfoncée sur le front, de travers, c’est pour le moins troublant. La dernière perruque que j’ai porté, c’était il y a très longtemps, et c’était le modèle crazy horse en rouge!!! Une volonté clairement affichée de me travestir et non de m’embellir même si se cacher est la base de la manip dans les deux cas.

Bon, la perruque bien arrangée, c’est pas trop mal. Mais je suis tellement mal à l’intérieur de moi que je n’arrive pas à me trouver jolie. Autre essai. Elle m’enlève la perruque et là, oh désespoir! le miroir me renvoit une image terrible, que je n’oublierai jamais : celle d’un travesti qui rentre chez lui au petit matin, après une nuit de boulot et qui se démaquille dans sa salle de bains. Les cheveux collés au crâne, l’air triste, les traits tirés, le teint diaphane. Je partage cette image avec Anne qui esquisse un sourire mais qui me rassure très vite derrière… Je sais au fond de moi que çà la fait rire mais que ce rendez-vous est aussi un peu dur pour elle. Comme il le serait sans doute pour moi si j’accompagnais une personne que j’aime.

Aucun des autres essais ne sera aussi concluant que le 1er, y compris les perruques en cheveux naturels, pire que les autres et surtout 6 fois plus chers!!! On comprend mieux l’engouement du commerce des cheveux en ukraine ou en Asie. Bon, finalement, ce sera la 1ère, carré mi-longs, avec une frange destructurée et un châtain foncé, assez proche de ma couleur naturelle… Mon Homme nous attend au bout de la rue. Il n’a pas pû s’empêcher de venir, sans doute pour me soutenir. J’apprendrai plus tard qu’il est même resté là presque 1 heure pour surveiller nos 2 voitures que nous avions mal garées!! Je me sépare de Anne en sachant désormais que sa présence à ce rendez-vous a rendu notre amitié plus forte. Je m’arrête chez Kusmi Tea pour acheter la belle théière blanche que j’avais repéré et je m’avance enfin vers ma voiture et donc vers mon Homme qui a salué Anne et qui m’attend de pied ferme pour vois à quoi je ressemble!! Et là, incroyable, lui qui a pourtant un oeil de lynx et une faculté qu’il a transformé en compétence professionnelle de tout voir, de reconnaître des visages même après plusieurs années, d’être plus physionomiste que le meilleur des videurs de boîtes de nuit, cet Homme là ne me reconnaît pas! Bon, d’accord je suis encore à 30 mètres de lui mais d’habitude il m’aurait déjà vu et sourit. Là, je vois bien qu’il me cherche du regard, probablement troublé lui aussi et se demandant s’il va me reconnaître… Il m’aperçoit finalement lorsque je m’approche, me sourit enfin. Nous sommes un peu gênés et puis très vite je me sens bien. Ses yeux m’ont rendu belle et séduisante.

Me voilà sauvée, du moins pour le “dehors”. Je pourrai sortir, même chauve, sans craindre le regard des autres.

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Maintenant, je sais ce que c’est…

10 05 2011

Voilà, çà y est, je connais. Maintenant quand j’entendrais le mot chimiothérapie, je verrais de quoi il s’agit!! Le jeudi suivant, j’arrive à me trainer jusqu’au Groupe Marie Claire, devant lequel se tient une petite opération RP sans prétention mais que j’ai la fierté d’avoir imaginée et mise sur pied avant mon départ en arrêt maladie… Un taxi anglais décoré en jardin pour la présentation aux journalistes d’une nouvelle collection de parfums Cacharel… Or il se trouve que le siège du groupe se trouve à quelques centaines de mètres de chez moi et que j’ai très envie de voir ce que çà donne. Mon Homme - toujours lui - me dépose en voiture (même 500 mètres, c’est beaucoup quand on est fatiguée). Je retrouve avec beaucoup de plaisir ma boss et la petite équipe qui a monté le projet avec nous : la fleuriste, la stagiaire, le chauffeur, l’agence. Et puis commence la ronde des accueils de journalistes qui viennent tour à tour découvrir le jardin Cacharel. Commence pour moi un tourbillon un peu étrange où je salue et discute avec les filles (petit nom affectueux  pour les journalistes) que je connais bien ou un peu moins. Certaines me reconnaissent, d’autres pas. Pour mémoire, j’ai les cheveux très courts, un teint probablement fatigué et, très honnêtement, suis moins “en train” que d’habitude. Je ressens une douce chaleur de la part de ces filles avec qui j’entretiens des rapports professionnels. Touchées, attentives, surprises, elles ont toutes une jolie façon de me témoigner leur affection, leur soutien. Certaines m’invitent même à fumer une cigarette dans leur bureau… chuuut! Je tiens le coup toute la matinée et repars dans ma maison, fatiguée, émue et triste d’être “à l’écart” de cet événement monté par moi-même et auquel je ne pourrais assister jusqu’au bout!Mais tout çà n’est pas bien grave, je dois m’occuper de moi, de moi et … de moi! Je l’ai d’ailleurs consigné dans mon Entretien de Fin d’Année chez L’Oréal dans la case “objectifs 2011″ : me soigner. Donc entre autres petits désagréments du traitement de ce cancer, nous avons le lymphocelle. Oèdème post opératoire qui se forme au niveau des ganglions. L’interne que j’ai vu pendant ma 1ère cure à Saint Louis m’a prescrit 30 séances de kiné avec rééducation et drainage lympathique pour accélerer la remise en marche du bras gauche qui, il est vrai, ne fonctionne plus exactement comme avant. C’est parti, donc pour 2 séances par semaine chez le kiné. Une jeune femme super sympa qui connait le sujet et qui, comme beaucoup d’interlocuteurs à qui je dévoile ma maladie, me confie qu’elle a beaucoup, beaucoup de patientes dans mon cas…. Super… Massage léger du bras, drainage lymphatique (çà aussi, maintenant je sais ce que c’est) et quelques exercices d’étirement et hop! retour à la maison, où je fais chaque jour 5 minutes d’étirements du bras, en plus. Je verrais plus tard qu’à trop forcer pour aller plus vite, on ralentit le tout et on se fait du mal…Au cours des 3 semaines qui me séparent de la 2ème séance, je découvrirai un autre truc très sympa : la chute des cheveux. Comme prévu, le casque n’a pas marché et dans la voiture qui nous ramène d’une séance de ciné avec mon Homme et Pounette, mes cheveux glissent par poignées entières à travers mes doigts! Au secours…



Bienvenue en enfer

3 05 2011

Après cette première séance de chimio, mon Homme me raccompagne à la maison. Je suis groggy, ou plutôt shootée. Je n’ai jamais pris d’héroïne mais j’imagine que çà doit faire un peu le même effet. Déconnectée du réel et plongée dans un état léthargique avancé… Après une traversée de Paris qui me paraît durer une éternité mais pendant laquelle je ne vois rien, n’analyse rien, nous arrivons à la maison dans l’après-midi. Je suis toujours dans un état léthargique et survoltée en même temps avec la ferme sensation de ne pas être dans mon état normal… Je décide de m’allonger pour essayer de dormir, ce qui me permettrait d’oublier cet état qui, en fait, m’impressionne et me fait peur. Je ne maîtrise rien de ces sensations inconnues et çà, je n’aime pas! Le sommeil ne vient pas. Mon homme est reparti travailler et j’attends impatiemment Clémence, la nounou, et Pounette qui doit rentrer de l’école. J’avais prévu de ne pas pouvoir aller à l’école la chercher, en revanche j’avais imaginé quelques jours auparavant pouvoir dîner chez des amis ce soir… N’importe quoi, la fille! C’est Anne, mon petit poisson pilote, même maladie, même protocole de chimio, même âge qui avait marqué un blanc au téléphone quand je lui ai dit : “On verra, si çà se trouve çà ira et nous viendrons, ce sera chouette!”. Elle m’avait gentiment répondu “Oui, oui tu verras mais tu seras surement très fatiguée”. Elle me diras des semaines plus tard qu’elle a souri de ma naïveté, elle qui avait déjà traversé 2 séances et qui restait 4 jours couchée après chacune des cures… No comment. Mais çà, en fin d’après-midi je ne le sais pas encore. Je suis toujours anéantie sur mon lit attendant patiemment (pour l’instant) que çà passe… En fin d’après-midi, non seulement çà n’est pas “passé” mais en plus les nausées arrivent. Une sorte de mal au coeur épouvantable permanent. Je dîne quand même léger, ne fume pas, ne boit pas de vin. Je retourne au lit après avoir tenté le canapé devant la télé… Mes yeux se ferment. Je sens que je vais m’endormir et je saute sur l’occasion pour me coucher. Et là, commence la nuit la plus effroyable de ma vie. Oscillant entre mal au coeur et sensation inexorable de m’évanouir, mon corps ne répond plus et je sens que tout m’échappe. J’ai pourtant bien pris tous les médicaments : anti-nauséeux, anti trucs, anti machins… mais rien ne passe. Vers minuit, je suis toujours dans le même état avec, en plus, la nuit qui amplifie tout, et les angoisses qui montent doucement mais surement. Résultat, le coeur s’emballe, la tête me tourne. Je m’assois, me rallonge, me rassois, me met sur le côté, me rallonge. Je tourne, je vire. Au milieu de la nuit, où peut-être vers le petit matin, je m’assois, toujours accrochée à la main de mon Homme qui lui non plus n’a pas fermé l’oeil et je fonds en larmes. Rien ne peut m’arrêter et je pense que je ne vais pas supporter plus longtemps. J’imagine les femmes qui sont seules dans ces moments-là et qui n’ont qu’une seule envie : ouvrir la fenêtre et se jeter dans le vide. Pour que cesse cette souffrance. Pour que l’angoisse et la peur s’éloignent. Pour que tout s’arrête… Je demande à mon Homme si il a le numéro d’urgence de l’hôpital Saint Louis sous la main, au cas où. Tellement j’ai peur de ne pas supporter, tellement je sens mon coeur s’emballer!! Il me répond “S’il y a un problème je fais le “15″ direct”. OK. Une fois de plus il me rassure. Une fois de plus, il assure!Je resterais dans cet état jusqu’au lendemain milieu d’après-midi, moment auquel je m’écroule de fatigue pour 2 heures seulement, avant de me réveiller… pas vraiment mieux. Les nausées ont duré pendant 4 jours. Et chaque soir, je me dis que je ne vais pas tenir le coup, et chaque matin, avec le bénéfice de la nuit, certes de courte durée, je me dis que çà va aller, que çà va déjà mieux, bref, je positive!enfer.jpg



La soupe aux choux

1 04 2011

Aujourd’hui nous sommes le 1er avril mais ce que je vais vous raconter n’est pas une blague. Plutôt un horrible cauchemar que j’ai vécu et dont je me souviendrai toute ma vie! Première séance de chimiothérapie donc, vendredi 21 janvier 2011, 13h. Bien sur, avant, nous ne pouvons nous empêcher, mon Homme et moi, de nous faire le petit gueleton chez Tof. Je prends des ravioles au fromage. J’adore çà et puis je me dis qu’il ne faut pas que je mange trop lourd, trop gras. L’un des effets secondaires les plus fréquents de la chimio est la nausée. J’ai déjà avalé 3 médicaments anti-nauséeux … çà donne une idée. Bizzaremment cette fois-ci, je n’apprécie guère les ravioles. Je crois que je suis très anxieuse, en fait. Je ne bois qu’un tout petit verre de vin pour me remonter le moral. Cette fois-ci, çà marche pas non plus. Bon 12h45, faut y aller. Nous arrivons au 6ème étage. Nous nous dirigeons grâce aux panneaux d’indication tous plus sympas les uns que les autres. CANCEROLOGIE - CHIMIOTHERAPIE - RADIOTHERAPIE. On finit par arriver dans un service d’hôpital comme un autre : des portes, des couloirs, des salles de soins, des portes, des couloirs, des infirmiers, des médecins, des portes. On trouve celle de l’accueil. Un petit espace où çà grouille. Au moins 6 ou 7 personnes là dedans. L’une me regarde et devinez ce qu’elle me demande ? Mon nom, évidemment! Nous sommes dirigées vers la salle d’attente de la chimio. Et nous attendons… Il y a une autre femme qui attend déjà, avec son mari probablement. Je sais pourquoi elle est là, elle aussi… Quelques minutes plus tard, je suis installée sur un lit à côté d’un rideau de séparation dans une chambre d’hôpital. Derrière le rideau une autre femme. Le premier sentiment qui m’envahit est la douceur et la gentillesse du personnel soignant. Paradoxal alors que je m’apprête à recevoir un traitement d’une grande violence. Laurent, jeune aide-soignant, m’explique la technique du casque réfrigérant. Le fameux casque censé ralentir voire éviter la chute des cheveux (dans 50 % des cas, je vous le rappelle). Mouiller la tête, mettre cette putain de charlotte bleue et se faire placer le casque lourd, très lourd et froid, très très froid, sur la tête. Remplacement du casque toutes les demi-heures. Et ben voilà, j’ai l’air malin maintenant. L’infirmière arrive ensuite. Adorable. Elle s’appelle Edith. Je pense immédiatement à ma copine Coco. Une chouette fille. Une belle personne, qui elle aussi, a traversé un long moment difficile. Nous avons peu parlé de la maladie mais j’ai un vrai souvenir de ces moments partagés où elle me racontait son parcours, les embuches, mais toujours très rassurante, protectrice : “tu verras, çà passe vite, on guérit, çà se  soigne très bien…”. Elle m’a parlé de ces infirmières, dévouées, à l’écoute, et d’une en particulier qui s’appelait Edith, à Saint Louis, comme moi. Peut-être est-ce la même ? Je lui pose la question à Edith. Elle me dit que oui, elle a travaillé il y a quelques années dans le service des chimio pour les lymphomes. Ca doit être elle. Y en a pas tant que çà des Edith… Bien sur, elle ne se souveint pas forcément de Corinne. Elle a du en voir passe des femmes, des blessures à l’âme, des écorchées ou des résignées. Bêtement, le fait qu’elle connaisse peut être Coco me rassure. Je suis dans un moment de grande inconnue. Je ne sais rien de ce qui va se passer. De longues minutes s’écoulent pour la préparation de la perfusion. Tout est stérile. Je dois mettre un masque, elle aussi. C’est fou la chaleur qui passe entre elle et moi malgré l’aseptisation. Malgré les voiles. Une fois que tout est installé sur la table, elle enlève le pansement du cathéter. Elle clipse l’embout de la perfusion sur l’aiguille qui est restée plantée dans le cathéter depuis l’avant veille! C’est partit pour 15 minutes de perfusion pour le produit anti nauséeux… Encore un. Mon Homme, que l’on a fait sortir le temps des soins, réapparaît enfin. Bien sur en me voyant avec ce joli casque bleu électrique, il se marre… Et donc, je rigole aussi. Faut faire la photo, obligée. Je ne peux pas m’empêcher de penser à Jacques Villeret dans La soupe aux choux! Top glamour. Les 15 minutes écoulées, la machine se met à bipper. Edith revient. Elle change de poche. Le 1er produit est rouge. Donc je vais faire pipi rouge après mais c’est normal!! C’est reparti pour 45 minutes de perfusion. Mon Homme est là, près de moi. Je ferme les yeux. Puis, re bip. On change la poche. Cette fois le produit est incolore. Re 45 minutes… Mon Homme va se chercher un café. Il revient. C’est fini. Vite passé finalement. Laurent me retire le casque. Ouf, çà fait du bien. Nous enfilons nos manteaux et quittons l’hôpital Saint Louis dans le froid et le gris de janvier.

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Impatiente

21 03 2011

Me voilà maintenant fixée sur mon sort. La pose du cathéter mercredi 18 janvier. La 1ère séance de chimio 2 jours après et le début d’un traitement obligatoire qui va durer 6 mois. Impatiente de démarrer pour surement être le plus vite possible plus proche de la fin que du début. Un peu de curiosité aussi. Ben oui, cruche que je suis et surtout très curieuse depuis toute petite, j’ai envie de voir, de savoir comment çà se passe… Je vais pas être déçue!!! Bien sur, je dois faire une batterie d’examen avant l’intervention : prise de sang, échographie cardiaque, etc… et nous voilà déjà (que le temps passe vite) au mercredi matin 9h. Avec mon Homme, nous changeons d’endroit. Même hôpital mais pas le même couloir. Nous avons rendez-vous en hôpital de jour à 9h. Comme à notre habitude (enfin surtout moi…), nous sommes à l’heure. Nous arrivons donc dans un long couloir vide, hormis 2 dames assises sur des chaises alignées le long du mur, encore une salle d’attente probablement. Je cherche un être vivant, en blouse blanche qui pourrait nous renseigner, quelqu’un à qui dire : “Coucou, çà y est je suis là, je suis prête, c’est quand vous voulez”. Ouais, sauf que quand nous on veut c’est pas toujours quand ils veulent eux… Donc personne en vue. On s’assoit à côté des dames et commençons à patienter. Dix minutes plus tard (pas très patiente je vous ai dit), je me lève et je retourne dans le petit bureau où j’ai senti tout à l’heure qu’il se passait quelque chose, comme une activité en suspens. Là je découvre 2 femmes, l’une en blouse, l’autre pas qui ont l’air de travailler, surtout celle en blouse. Les yeux rivés sur des papiers, elle écrit, réfléchit, lève la tête pour répondre rapidement à l’autre femme. Comme d’hab, aucune des deux n’a semblé remarquer que dans le chambranle de la porte, un autre être humain était posté, attendant visiblement qu’on s’intéresse à lui. Je risque donc une petite avancée de quelques pas dans la pièce : “Heu… Bonjour, excusez-moi de vous dér… je, j’ai rendez vous à 9h en fait et je …”. “Oui ? Bonjour, quel est votre nom ?” Je vais me la graver sur le front celui-là! Elle vérifie et me dit :  ”Asseyez-vous, on vous appellera”. OK. Je sens qu’on est bien partis là… Je retourne à côté de mon homme en surveillant l’heure. J’y retourne à 9h30. L’heure c’est l’heure, merde à la fin, on avait dit 9h. Et puis on avait dit aussi que je serais sortie vers midi. Faut que je libère mon Homme, moi. Y a des gens qui bossent dans ce pays! J’essaie de me calmer. Pas facile entre l’attente et l’angoisse de cette opération sous anesthésie locale. J’ai jamais trop aimé çà les anesthésies locales. Je préfère quand je dors et que je me réveille en me disant “et hop c’est fait, j’ai rien senti!”. Bon après quelques allers et retours dans le petit bureau ou autour des chambres qui accueillent les malades de jour (qui sont malades que le jour pas la nuit, ceux-là!), je comprends qu’il y aura du retard. On finit par m’accompagner dans ma chambre de passage. Faut que je remette encore la blouse bleue, la charlotte sur la tête, nue comme un ver sous la robe de papier et morte de trouille, en vérité. Le brancardier vient me chercher. Je dis “A toute à l’heure” à mon Homme et m’en vais. Nous arrivons au bloc. La même salle d’attente que l’autre fois. Les brancards alignés les uns à côté des autres qu’on déplace régulièrement pour en garer d’autres. Un parking en fait. Cette fois-ci, je suis beaucoup plus éveillée que pour l’opération de la dernière fois. A l’affût du moindre geste, j’attends. Un jeune anesthésiste vient me poser les quelques questions réglementaires et enfin je pars vers les blocs… On me “pose” dans un sas entre le couloir et le bloc. Là, je reste longtemps. Peut-être 1 heure. Un jeune anesthésiste vient me faire une prise de sang pour un programme de recherche médicale sur la pose de cathéter. Oui, oui, parce que j’ai accepté de participer à la recherche scientifique. Autant que mon cas serve à quelque chose! Le jeune homme, très sympa me dit “Oh la la, çà fait un bail que j’en n’ai pas fait de prise de sang, moi!” Ouais, super! Encore un hématome que je vais avoir… En fait, pas du tout. Il a rien oublié et me fait çà très bien. Il repart. Re-attente… J’ai froid, je n’ai rien dans le ventre depuis la veille, j’ai soif, aussi. Et puis j’ai peur, même si j’en n’ai pas l’air… Je sens une agitation dans les blocs. Je sais que derrière le sas, dans le bloc, y a quelqu’un, une femme, qui est en train de se faire poser un cathéter. Vers la fin, je l’entends discuter avec le médecin. Çà me rassure, un petit peu. Enfin, vient mon tour. Croisement de chariot dans le sas. Elle sort, je rentre. C’est la chaîne. A peine arrivée, le chirurgien anesthésiste, une femme, enchaîne. On me jette un drap en papier vert sur la tête. On me demande d’incliner la tête au maximum vers la gauche. Le KT (Cathéter) sera posé à droite. “Je vais vous le placer sous la bretelle de soutien gorge, comme çà on ne verra rien. Vous êtes jeune encore. Pour les décolletés, ce sera mieux.” Je réfléchis. Pourquoi un décolleté ? J’ai pas bien l’intention de sortir en boîte avec la robe fourreau de folie ce soir ni même de me mettre en maillot de bain, c’est pas prévu pour l’instant! Elle me fait la piqûre d’anesthésie dans le cou. Hum… c’est top. Et puis, direct, elle commence à trifouiller… L’infirmière me pose un masque sur le nez avec de l’oxygène et du gaz hilarant… qui me donne envie de vomir ou de m’évanouir plutôt que de me marrer! Très vite, la tête me tourne. Au bout de quelques minutes qui me semblent une éternité, l’infirmière relève légèrement le bout du drap pour le caler sur un porte perfusion et me donner un peu d’air… Là, je découvre que j’ai vue sur un petit bout du bloc, en direct sur une table à outils : pinces, seringues, compresses stériles, bref tout ce qu’il faut pour te rassurer, te détendre. Et je sens que çà opère dans mon cou, ma gorge. Elle a l’air pressé. Je n’ai pas mal mais elle tire. Je sens bien le tuyau qu’elle a l’air d’avoir du mal à faire passer dans la veine. Je pense au boucher qui saucissonne un rosbeef. Et là, je sens que je pars. Je ne vais pas bien du tout. Et puis ce gaz dans les narines ne me fait pas du bien. Je le murmure. Elle sent que quelque chose ne va pas. Elle demande à l’infirmière de supprimer le gaz et de ne garder que l’oxygène. Je reviens un peu. J’ai l’impression que çà va mieux. Très vite, je repense à ce qu’elle est en train de me faire. Je tiens le coup. J’essaie de penser à des images sympas mais je n’y arrive pas. Et là, je sens que je repars. L’évanouissement est proche. Je dis “Je sens que je pars, là”. Sans affolement, elle dit “Bon, on va appeler l’infirmière”. Après quelques secondes qui me paraissent interminables, je sens une piqûre dans la main gauche. Et hop, presque instantanément, le malaise disparaît. “Et ben, çà c’est un beau malaise vagal!” dit-elle. Elle le répète plusieurs fois comme si elle était surprise.  L’intervention a duré moins d’une heure. je fonds en larmes. Je viens de passer un moment terrible. J’ai une grosse envie de l’égorger mais je fais que pleurer. Impossible de m’arrêter. Pour me rassurer, elle me dit : “Vous verrez, dans 6 mois vous reviendrez pour qu’on vous l’enlève et tout ira bien”. Ouais, sauf que là, maintenant, çà va pas du tout. Je veux qu’on me remonte dans ma chambre de passage. Je veux voir mon Homme… Le brancardier me récupère et me ramène dans ma chambre. Je pleure sur tout le trajet. Le jeune homme tente de me rassurer. Il voit bien que ça va pas. Arrivée dans ma chambre, je vois les yeux de mon Homme. Il a l’air très inquiet. Tout triste. Je sais que quand je ne vais pas bien, il ne va pas bien non plus. On est comme çà tous les deux, comme interactifs! Cette opération est une véritable boucherie. Je rentre à la maison avec un hématome énorme, avec même des griffures tout autour. Faudra bien 1 semaine pour que les traces disparaissent. Me voilà prête pour la 1ère cure de chimio, vendredi, dans 2 jours…



Deuxième vague

10 03 2011

Sur la route empruntée depuis le début de cette aventure, certains jours, certains moments vont rester gravés dans ma mémoire. Le rendez-vous avec le Docteur B. fait partie de ceux-là. Un rendez-vous post opératoire qui n’a, à priori, rien d’angoissant puisque le Docteur H. m’a debriefé la veille en m’annonçant plutôt des bonnes nouvelles. Tellement rien d’angoissant que je dis à mon Homme qui vient de s’avaler comme moi 1 heure d’entretien avec Nadja, de partir. Que çà va aller. Que je n’ai pas besoin qu’il reste. Que ce rendez-vous n’est qu’une redite de la veille. Qu’il a du boulot. Que ses gars (il est Chef mon mec!) ont besoin de lui sur le terrain. Qu’il peut y aller. Confiant, il s’éclipse donc et je reste dans le couloir/salle d’attente en attendant mon tour. Le Docteur B. vient me chercher quelques minutes plus tard. Je ne sais pas encore quelle douche froide, que dis-je,  glaciale va me tomber dessus! A peine assise en face de moi, de l’autre côté de son bureau, elle plante son regard vert serpent dans mes yeux (noisettes/marrons glacés hi, hi). Je sens immédiatement que je ne sortirai pas indemne de ce cabinet. “Eh ben, dites donc, les nouvelles ne sont pas très bonnes, hein ?” … ??? Je la regarde, stupéfaite. “Ben, … heu… Ah, bon ? mais je …”. Elle poursuit “Ben, nan! Dites-moi c’est une petite teigneuse, hein ?”. Je reste abasourdie. Je comprends qu’elle parle de ma tumeur. En plus des mots qu’elles prononcent, son regard est toujours planté dans mes yeux et son air grave, très grave. Et je comprends. Je réalise à cet instant précis que je peux en mourir. J’ai froid dans le dos. Devant mon air ahuri, elle poursuit “Heureusement que vous l’avez découverte le mois dernier car si vous aviez attendu la prochaine mammo en avril, …”. Fin de la phrase. Je vous laisse deviner la suite. Ceci n’est pas un jeu… Juste un moyen de retranscrire ce que j’ai ressenti à l’audition de ces mots! En gros, si j’avais pas vu, je serais peut-être morte ou incurable!!! Rien que çà. Je lâche un “Ah oui, quand même…”. Elle continue “Vous savez il y a des fois où on se demande entre nous, médecins, si on ne sur-médicamente pas trop telle ou telle patiente en fonction de sa tumeur, mais là, dans votre cas aucun doute.” Okay. Je comprends. Trop bien même. Je ne sais plus bien si c’est tout ce qu’elle a dit ou si elle a ajouté autre chose. En tous cas, moi, c’est tout ce que j’ai entendu. Avec la dernière petite chose, genre cerise sur le gâteau. En fait de cerise, c’est la pire. A sa demande de savoir si j’ai des questions, je me lance “Oui j’ai une question qui me passe dans la tête depuis quelques jours… Si on ne fait rien, là, y s’passe quoi ?”. Evidemment, je connais la réponse. Bien sur, je sais. Mais j’ai sans doute besoin de l’entendre de sa bouche. Pour réaliser. Prendre conscience que j’ai une maladie très grave et que ma vie, pour la première fois, est en jeu. Alors, avec son regard vert perçant immuablement ancré dans le mien, elle me dit très calmement “Vous savez, il existe un jeu qui s’appelle la roulette russe.” Elle marque un temps d’arrêt. “Et dans votre cas…” Une fois encore, elle ne finit pas sa phrase me laissant sans doute la finir moi-même. Ce que je fais “vous avez plus de chance de tomber sur la balle que pas.” Fin de la conversation. Fin de la consultation. Je sors. Je fais quelques pas dans le couloir. Je sens les sanglots monter dans ma gorge. Des larmes coulent de mes yeux. Je m’effondre. Immédiatement je pense à mon Homme. Au secours! J’ai besoin de lui. De son épaule. De ses bras. Je sors péniblement de l’hôpital. De l’air, il me faut de l’air. Je sors mon téléphone et l’appelle. Je raccroche. Le préserver. L’épargner. Puis de toutes façons peux pas parler. Je rappelle, en larmes. Bien sur, il décroche à la première sonnerie. Il est retourné. Blessé. Désolé d’avoir manqué ce rendez-vous. Justement celui-là. Sa voix me fait du bien. Me calme. Je devais passer au bureau, voir les filles et puis faire un peu de tri avant mon départ. Le docteur H. m’a mise en arrêt maladie hier. Longue maladie. 3 mois. Renouvelables. Le temps s’est arrêté. Je suis incapable d’y aller, de parler avec qui que ce soit… “Je vais rentrer à la maison” lui dis-je. Çà le rassure. J’ai justement un message de Flap, petit surnom d’une amie au bureau qui me demande si elle m’attend ou pas pour déjeuner … Sa voix aussi me fait du bien. Je rappelle. Répondeur. Message en peu brouillé par les larmes. Je rentre. Je suis anéantie. Une fois de plus. La deuxième vague a recouvert mes espérances. Je suis sous l’eau.

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Un rendez-vous tant attendu

6 03 2011

Quand le 12 janvier arrive enfin, je réalise que j’attends ce rendez-vous avec beaucoup d’impatience. Certes on m’a ôté la p’tite boule mais je sais que le traitement ne s’arrêtera pas là et que je n’ai qu’une chance infime d’échapper à la chimiothérapie. Mais cette chance existe. Même si elle est toute petite. Je me suis inconsciemment accrochée à cette lueur d’espoir sans m’en rendre vraiment compte. Je ne sais rien ou pas grand-chose de la chimiothérapie sauf que çà fatigue et que çà fait tomber les cheveux ; et comme tout ce qui est inconnu, çà angoisse ! Rendez-vous important donc puisque bilan de l’opération et surtout suite des événements. Mon Homme est bien sûr à mes côtés, proche et solide comme un roc, du moins en a-t-il l’air… Nous attendons sagement notre tour, dans ce petit couloir de l’hôpital aménagé en salle d’attente. D’autres femmes sont là, à peu près du même âge mais souvent plus âgées. Seules ou accompagnées. Souvent seules. J’ai de la chance, moi. J’ai une épaule pour m’appuyer, me soutenir, ou m’effondrer même. C’est à nous. Le docteur H. commence l’entretien. Elle nous rassure tout de suite sur les résultats de la scintigraphie osseuse. Tout est normal. Ouf ! Ouf de ouf, de ouf. Je suis profondément rassurée moi. Je réalise après coup que j’ai vraiment eu très très peur. Elle nous dit aussi que l’opération s’est bien passée et que la technique du ganglion sentinelle a été positive. Aucun ganglion n’est touché ; Re ouf ! et re ouf, re ouf, de re ouf…. Suis très contente, moi, presque heureuse ! Je sens mon Homme très soulagé aussi, un petit sourire se dessine sur ses lèvres. Bon, avec les bonnes nouvelles arrive la mauvaise : chimiothérapie. Eviter la récidive. Jeune. Obligé. Puis radiothérapie, après. Puis curiethérapie, après. Là, j’ai décroché. Ou plutôt, je me suis arrêtée sur la chimio. Comme figée. Le reste on verra après. Je note quand même que çà a l’air d’être la totale. Forfait All inclusive. Elle nous explique rapido le protocole. Le nom des médicaments. Premier protocole de 4 cures (oui, oui on dit cure, ça me fait penser à de la thalassothérapie, en fait, c’est pas tout à fait pareil !) et puis un autre après, pour les 4 dernières cures. Par injection avec pose d’un cathéter permanent pour éviter la destruction du système veineux. Parce que je ne peux pas prendre des médicaments par voie orale. Ma tumeur n’y est pas réceptrice. Toutes façons j’ai jamais eu de bol ! C’est comme aux distributeurs de billets ou aux caisses de supermarché, ou au péage, je choisis toujours la mauvaise file… Bon, voilà. Auscultation, palpation, tension. Nous devons voire Nadja, l’infirmière coordinatrice qui va tout nous expliquer pour la chimiothérapie. Faut compter 1 heure de rendez-vous. Oui, 1 heure. Je ne comprends pas que ce soit si long. Mais, bizarrement, ça me rassure ; ils prennent du temps pour leurs patients. Ils prennent LE temps. Pas disponible pour l’instant, nous la verrons demain, avant ou après le rendez-vous avec le docteur B., le chirurgien qui m’a opéré et que nous devons voir aussi pour le rendez-vous post-opératoire. Nous quittons l’hôpital, main dans la main, en silence. Nous savons, mon Homme et moi, à ce moment-là, que nous devons nous préparer pour un long chemin, difficile. C’est comme une intuition, un pressentiment. Nous devons être soudés. Nous devons être forts. Il va falloir tenir. Il faudra supporter et continuer à avancer.Cette nuit-là, nous n’avons pas bien dormi. Ni lui, ni moi.Le lendemain, nous revenons chez Saint Louis pour voir Nadja et le docteur B. ou l’inverse, on verra. Le même couloir. La même salle d’attente. Les mêmes femmes, ou presque. C’est Nadja que nous verrons en premier. Le docteur a un peu de retard dans ses consultations et les infirmières, les assistantes essaient d’optimiser le temps. Toujours courir après le temps, les horaires. Parer le manque de personnel. Nous y passons effectivement 1 heure. C’est le temps d’aborder tous les effets secondaires de la première cure, de la deuxième cure. Puis les ordonnances pour les médicaments qui permettent d’éviter ou de réduire les conséquences du traitement. Contre les nausées, les diarrhées, la constipation, les aphtes, la chute des cheveux… Ah non, y a pas de médicaments contre çà. Juste un système de casque réfrigérant qui, appliqué sur le crâne pendant chaque séance, permet d’éviter la chute des cheveux. Pour que çà puisse …agir, il faut avoir les cheveux courts, très courts. « Un p’tit carré court, çà marche, non ? » Je tente. « Non. Il faut qu’ils soient très courts » me répond Nadja. La coupe à la Jean Seberg, dont j’ai toujours rêvé, çà va être pour bientôt. technique efficace dans à peu près 50% des cas. Ça vaut la peine d’essayer me dit-elle. Et moi je me dis : avec le bol que j’ai… Bon, puis après y a aussi la chute des ongles. Si, si. Donc des moufles réfrigérantes aussi. Et puis le patch Emla. Pansement anesthésiant à appliquer 2 heures avant chaque séance, pardon cure, sur la chambre du cathéter. Pour ne pas sentir la piqure d’injection. Eviter les douleurs. Le plus possible. Le plus possible…

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Retour chez Saint Louis

28 02 2011

En ce tout début d’année 2011, j’ai un examen important à faire : la scintigraphie osseuse. Comme tout le reste ou presque dans cette aventure, c’est nouveau pour moi. Le docteur H. m’a dit “c’est une photo de votre squelette, pour nous permettre de voir si la maladie n’est pas partie ailleurs”… !!?? Comment çà “pas partie ailleurs ? sans mon avis ? Et pourquoi ce serait plus sympa ailleurs que dans mon sein gauche ? Hein ?”. Bon alors… l’examen. Encore un drôle de truc. Je devais faire cet examen avant mon opération et déjà, j’avais angoissé grave! Maintenant que je suis à la veille dudit examen, je flippe ma race comme dirait l’autre. Comme les enfants, je me dis, imagine. Imagine, c’est parti dans tout le corps. Imagine, y a des métastases partout, partout… C’est extrêmement anxyogène, comme truc. Donc rdv est pris en fin de matinée. Cette fois, je vais seule à l’hôpital Saint Louis. Je libère mon Homme qui a aussi un travail et qui en plus a pris du galon. Commandant de police, je vous prie. Rien que çà! Je suis pas peu fière.

Bon, Saint Louis, je commence à connaître maintenant : le parking, les meilleurs places pour être prêt de la sortie “ascenseurs”, l’arrivée dans le hall d’accueil, etc… Là, je dois me diriger vers le service de médecine nucléaire. Si, si c’est la vraie appellation. Là encore, pas flippant du tout le nom. Le principe du truc, c’est un peu comme le ganglion sentinelle sauf que l’injection du produit radioactif (top moumoute encore le nom!) a lieu dans une veine du bras, comme une prise de sang; Sauf qu’on ne te prends pas du sang, on t’injecte un liquide… Mouais, pas tranquille, tranquille, la fille! Bon, le jeune homme qui fait la manip’ me demande si je ne suis pas enceinte. “Heu, non, et puis manquerait plus que çà!”. 3 enfants, çà suffit. On  l’a déjà dit 50 fois avec mon Homme, on est COMPLET! Puis il ajoute “Vous ne devez pas être en contact avec des enfants en bas âge ou des femmes enceintes pendant 24 heures. Vous êtes radioactive”!!! Alors là, c’est la meilleure de toutes. Voilà que vont me pousser des antennes sur la tête ou que je vais virer au vert martien ?? Trêve de plaisanterie. Cà ne me fait pas rire du tout. Ma boss est enceinte. Je ne pourrai pas retourner au bureau avant demain après-midi. Bon, faut que je l’appelle. L’injection terminée, je dois revenir dans 2 heures 30, pour laisser le temps à ce con de produit de bien se diffuser dans tout mon corps : arrggl! J’ai donc 2 heures 30 à tuer. Je ne me sens pas d’aller me balader. Il fait très froid dehors. Et un sentiment nouveau apparaît : je me sens en sécurité chez Saint Louis. Le saint patron des coiffeurs et des perruquiers… Y aurait-il un rapport avec l’un des effets secondaires les plus traumatisants du traitement qui suivra, quelques semaines plus tard ?

Je trouve donc une place stratégique dans le hall d’accueil pour éviter les voisins bruyants, les courants d’air, les passages de piétons. Je compose le numéro de téléphone de ma boss pour l’informer de ma radioactivité. Nous tombons d’accord. Je ne réapparaîtrai pas au bureau avant jeudi. Je retourne donc dans le service après avoir lu plusieurs chapitres de Millénium (j’en suis au tome 2 maintenant) pour passer l’examen. Là, pas ou très peu d’attente. Je me retrouve dans une grande salle de radiologie, glaciale, sans âme, seule derrière une cloison vitrée avec un énorme tube au milieu. Une jeune femme apparaît : “Déshabillez-vous entièrement. Si vous avez froid (fait -12°!!), mettez la blouse bleu (en papier, je vais avoir bien chaud!!) et la charlotte (sur la tête). Allongez-vous sur la table. Le bloc va descendre lentement, s’arrêter à quelques centimètres de votre visage et balayer tout votre corps de la tête jusqu’aux orteils. N’ayez pas peur. Je vous préviens car celà peu être angoissant. Vous pouvez garder les yeux ouverts ou les fermer à votre convenance.” Pffff, même pas peur”, je me dis. OK, captain, suis super détendue, du moins j’en ai l’air. La jeune fille disparaît me laissant seule avec le bloc qui commence à descendre très très lentement. Et effectivement le bloc, un carré en acier (donc super lourd) qui mesure pas loin de 1 mètre de côté, se rapproche de plus en plus de mon nez. Le cerveau commence à mouliner. Et si ce gros machin ne s’arrête pas ? Et si y a un grain de sable dans le mécanisme ? Et si, et si… Et ben, si tout çà, la grosse, l’énorme plaque d’acier va s’écraser sur mon nez et me broyer le visage en quelques secondes… Battements cardiaques qui s’accélèrent. Je ferme les yeux que j’avais gardés ouverts jusqu’à présent, mais là c’est trop flippant. J’ai immédiatement envie de les ré-ouvrir. Et merde! Cà saoule ce truc à la fin. Cà s’arrête quand ? La descente me paraît interminable. Je ré-ouvre les yeux et là, je vois la plaque tellement près de mon nez que je sens l’odeur et la froideur de l’acier. L’angoisse, voire la peur, est à son paroxysme. Ouf! Enfin ce truc s’arrête, se bloque et commence à avancer toujours très, très doucement vers le bas de mon visage, de mon cou, puis de mon torse, enfin  bref, parcoure mes 160 cms dans un temps qui me semble des heures. L’examen terminé, je peux me rhabiller. “Aurevoir Madame. Les résultats seront communiqués au médecin prescripteur.” Super! Faut encore attendre. J’ai pas fini de m’angoisser, moi! Je retourne au bureau jeudi. Prochain rendez-vous avec Saint Louis, mercredi 12 janvier avec le docteur H. qui avec l’annonce du traitement, m’annoncera les résultats de la scintigraphie osseuse. Affaire à suivre…

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Retour dans le monde réel

17 02 2011

Depuis l’annonce de mon cancer, je vogue sur un nuage. Parfois noir, parfois rose mais toujours dans une sorte de suspension au dessus du monde réel. C’est dans ces moments là que je réalise le chaos dans lequel nous a plongé l’annonce de la nouvelle. Je me sens à nouveau bien, du moins j’en ai l’air, le 3 janvier 2011 lorsque je reprends le chemin du bureau. La porte de Sèvres, impraticable dès 8h du matin , le périph intérieur bouché, comme d’hab, la sortie Porte de Champerret, un jour sur deux embouteillée, et l’arrivée dans le parking au bout, tout au bout de la rue de Villiers, avec ma toute nouvelle voiture rouge. Rien n’a changé dans ce parcours du combattant quotidien et ce matin, çà me rassure! Je débarque au bureau avec un avantage : celui de passer inaperçue puisque c’est aussi le retour des congés de fin d’année de la plupart de mes collègues. Mais les miens de collègues, les vrais, ceux qui sont un peu plus que çà, me réservent un accueil privilégié. Tous sont heureux de me retrouver et surtout viennent aux nouvelles. Je sens une grande sincérité et une vraie chaleur de la part de ceux avec qui je partage mon quotidien parfois depuis plusieurs années. J’allume mon ordi et, comme après un banal retour de vacances, j’écume les 450 mails arrivés dans ma boîte aux lettres. D’autres collègues-amis, proches et moins proches, passent me voir. Je leur donne un état des lieux. Çà va. Mais le rendez-vous important, celui qui va déterminer si je serai encore au bureau au printemps, c’est le 12 janvier, c’est à dire la semaine prochaine… Et puis on parle d’autres choses, du boulot surtout, des soirées à venir, des fiestas. On rigole aussi beaucoup comme d’hab. Du taf on en a, toujours, mais de la bonne humeur et de l’affection aussi. On est dans l’échange et pour un service de com, çà parait évident. Et ben, en fait pas du tout. Car travailler dans la com, c’est peut-être tendance mais être un vrai pro de la com, c’est autre chose. Et nous, on a appris à cultiver l’échange depuis 4 années maintenant…. Un échange sincère, vrai, avec des accroches parfois, avec de l’humour, très souvent. Et c’est magique. Les journées passent, se ressemblent, comme souvent quand on a “la tête dans le guidon”, mais, pour moi, ces 10 jours de boulot ont une autre saveur. Je sens déjà que je dois en profiter. Je sais déjà que çà va s’arrêter…



Une fin d’année douce amère

15 02 2011

Le 25 décembre au matin, comme le veut la tradition dans notre famille, nous sommes réunis au pied du sapin de Noël autour duquel nous avons installés, mon Homme et moi, tous les paquets possibles. Nous n’avions que peu de cadeaux. Pas eu le temps d’aller chercher ceux de Pounette - on les achètera après Noël moins cher! -, l’aînée des ados a eu son cadeau en avance - la super doudoune, températures glaciales depuis le début du mois obligent - et le cadet des ados a reçu une enveloppe de sous, pas glamour mais c’est pour le super ordi, donc on plie! Pour grossir un peu ce peu de paquets, le facteur est passé. Un gros paquet est arrivé venant d’une belle personne qui fait partie de ma famille proche… ben oui on n’est pas parfait par hasard! Personne qui force donc mon admiration tant sa délicatesse flirte avec sa générosité de coeur, tant ses attentions et ses surprises touchent ceux qu’elle aime. Nous ouvrons donc le collissimo remplie des quasi 13 desserts provençaux de Noël, orangettes, papillotes et autres poires confites, d’un renne en peluche entourée d’une plaid spécial petite fille, tout doux, d’un paquet cadeau “spécial Sophie”, c’est pour moi! Et chaque cadeau présenté dans un habillage élégant, impeccablement fini, bref le Must ou le neck plus ultra, c’est comme vous voulez, toutes façons c’est pareil… Pour moi, l’attention est toute particulière vues les circonstances. Je découvre un caraco en soie entre le prune et le mauve, magnifique. C’est comme un signe pour que ce tissu protège mes seins et mon coeur, pour qu’il soit doux sur ma peau si endolorie. Donc plein de paquets à ouvrir, un super brunch au foie gras pour le déjeuner et une journée qui file, pour moi, à l’allure d’une escargot puisque je marche à deux à l’heure, toujours un peu shootée par l’anesthésie générale et le reste (même si j’en n’ai pas l’air)… La journée passe donc mais toujours sans Pounette, snif! Bon nous l’avons eu au téléphone et bien sur, elle a été pourrie gâtée. Et, tu sais quoi ? Le cadeau qui retient le plus son attention c’est le set “Hello Kittie”. J’hallucine!!!Noël est passé. Le réveillon du jour de l’an arrive. Nous n’avons bien sur pas prévu de grandes festivités mais un simple repas intime mi famille mi amis qui finira, les soirées imprévues sont souvent les plus réussies, vers 4 heures du mat’ après que nous ayons vécu une scène de dans d’anthologie. Description : mon fils aux manettes de Dj avec un rap endiablé. Mon Homme couché sur le dos par terre les pattes en l’air dans le salon et Môssieur J. (honorable parrain de Pounette) saisissant les deux pieds de mon Homme pour les lancer dans une rotation d’un quart de tour amorçant ainsi le tour de smurf que mon Homme, aussi doué soit-il, est absolument incapable de faire tout seul (même à jeun)!Je m’éclate. J’oublie quelques instants (voire même plusieurs heures) le combat que j’ai déjà commencé à mener. Pour l’instant c’est encore très “light”. Le plus dur reste à venir…hip-hop-2.jpg







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