Joyeux Noël!

11 02 2011

Le calme revient peu à peu dans ma chambre d’hôpital après le départ de mon Homme et de mes 2 amours. Je suis complètement shootée mais apaisée, je crois, après qu’on m’ai ôté la p’tite boule… La vie continue dans les couloirs du service et l’agitation avec. Je dors très mal, par intermittence. L’infirmière passe me voir toutes les 2 heures pour la tension, la température et le rechargement des perfusions. Morphine entre autres qui apaisent quasi instantanément les douleurs des 2 cicatrices. Elle m’explique qu’elle vérifiera mes lampions demain matin… Des lampions ? Heu… c’est à dire? “Eh bien ce sont des drains (nouvelle génération probablement) qui servent à évacuer la lymphe et le sang (berk) et vérifier du même coup qu’il n’y a pas d’engorgement ni d’infection possible..” Bon alors je m’endors sur le dos sans bouger pour ne pas écraser les lampions que je n’ai toujours pas visualiser. D’ailleurs, je n’y tiens pas vraiment. Je préfère imaginer que je pourrais peut-être m’accrocher en haut du sapin de Noël qui m’attend à la maison, pour faire une illumination supplémentaire.Le lendemain matin, je déguste un petit déjeuner. Non, plutôt je l’engloutie. Le thé, le yaourt nature et la tartine de pain sont toujours aussi fades à l’hosto! Je suis toujours un peu en vrac mais j’ai hâte de savoir si je peux sortir aujourd’hui. Pour retrouver ma maison et mes enfants d’abord, et puis le 24 décembre approchant à grands pas, j’ai peur de rester bloquer à l’hôpital pendant ce jour férié et le week-end qui suit derrière. “Ne vous inquiétez pas, Madame, me dit l’infirmière ou l’aide soignante (on ne sait plus vraiment qui est qui à l’hôpital, c’est peut-être aussi çà qui produit la déshumanisation des gens hospitalisés), même si vous devez rester plusieurs jours avec nous, on peut vous donner une permission.” Çà y est me voilà en prison maintenant! Super rassurée donc, j’attends patiemment la visite de l’interne (je vous rappelle que mon chirurgien est partie en vacances hier dans sa maison à Gordes). Je réponds à quelques sms, toujours très nombreux… tous ces gens qui pensent à moi, je ne les oublierai jamais. Et puis, je reprends le tome 2 de Millénium, entre deux sommes. J’ai quand même du mal à garder les yeux ouverts plus de 10 minutes! L’infirmière, ou l’aide soignante, je ne sais toujours pas, arrive pour vérifier les lampions. “C’est bon, on va les enlever et normalement vous pourrez sortir après”. Waouh!! Top cool. Je préviens mon Homme dans la foulée, qui bien sur m’a déjà envoyé quelques sms pour savoir si j’étais réveillée, si je vais bien, pour me dire qu’il m’aime (comme si j’en doutais encore!). Je découvre les petits lampions qui effectivement ressemblent à ceux de la fête foraine mais plutôt celle d’Halloween, remplis de sang et de lymphe, forcément çà fait moins festif!!Un jeune interne passe me voir. Plutôt froid, le garçon et pressé, comme tous ces gens que j’ai croisé ici. Il me rassure néanmoins sur le fait qu’on ne m’a pas retiré toute la chaîne ganglionnaire mais juste le chef des ganglions (le sentinelle). Deuxième “Waouh, top cool” de la journée. Çà veut dire que les vilaines cellules n’ont pas eu le temps de migrer dans les ganglions… Hé, hé, je vous ai bien eu! Moi, je suis une fille plutôt réactive et j’ai pour habitude de traiter les dossiers rapidement. “Ce qui est fait, n’est plus à faire”, tel est ma devise…Je peux donc sortir de l’hôpital. J’appelle mon Homme illico presto. Je me prépare plutôt lentement mais surement. Pour lui éviter de perdre du temps, je l’attendrai en bas, dans le hall de l’hôpital pour faire les papiers de sortie. Ma voisine de chambre est encore là. J’ai une fois encore (sans prétention) été plus vite que la lumière… Nous pouvons rentrer chez nous. Nous sommes le 22 décembre. Plus que 2 jours pour préparer Noël!Le réveillon se passe dans la douceur et l’intimité puisque nous ne sommes que tous les 4 avec mon Homme et les 2 ados. La p’tite pounette étant toujours chez Mamie, à 700 kms de moi. J’aurai tellement aimé l’avoir près de moi… Je fais une table superbe, blanche et dorée. Je me traîne chez Monop’ pour acheter de très belles assiettes blanches étoilées, de jolies serviettes, des jolies bougies dorées. Le repas est orchestré par mon Homme. Encore une qualité de cet Homme rarissime (pas la peine de chercher, des comme çà, il n’ y en a plus sur le marché!).Le dîner et la soirée s’écoule tranquillement. J’ai le coeur triste, même si je ne montre rien, juste un peu de fatigue. En vrai, je suis effondrée. Je me couche et j’essaie de m’endormir avec les 2 cicatrices à gauche qui me font un peu souffrir. Le médoc super fort de super docteur fait effet. Il me soulage de la douleur et me plonge en même temps dans un sommeil lourd et profond. Demain est un autre jour…noel.jpg



Un réveil brumeux

4 02 2011

Lorsque je reprends conscience, je suis mal, très mal. J’en ai pourtant vécu des anesthésies générales. Depuis l’âge de 7 ou 8 ans je côtoie les blocs opératoires pour des opérations des oreilles à force d’otites à répétition. J’ai l’habitude du masque anesthésiant à la fraise qu’on met aux enfants pour éviter les piqûres. Et, chaque fois, je m’endors facilement, avec même une sensation de plaisir. J’ai toujours aimé dormir! Devenue adulte, ou presque, j’ai continué pour diverses raisons à subir des anesthésies générales mais avec de plus en plus d’appréhension. La conscience du danger, surement, mêlée à ma responsabilité de mère de famille. C’est comme la peur en avion, çà. Et puis c’est comme tout dans la vie, en fait. Quand on vieillit, on réalise. On concrétise. On évalue les risques. On sait. Quand on est môme, on n’a “même pas” peur. On fonce, on tente, on est curieux. C’est après que çà vient. Tout doucement. Elle prend forme. Cette conscience, là. Ce doute. On réalise qu’on a  traversé des tempêtes, provoqué des ouragans, mis les mains, les pieds et la tête aussi dans des feus qui auraient pu nous embraser, pris des risques fous. On se dit à posteriori : comment j’ai fais ? Quel bol de s’en être sorti ! Donc là, dans mon lit à roulettes, immobile au milieu des autres dans la fameuse “salle” de réveil, je ne suis pas bien du tout. Une douce jeune fille me touche la main : “Madame, Madame, vous m’entendez ?” Cela me rappelle inévitablement le même “Madame, Madame” entendu quelques années plus tôt à la fin d’une soirée largement arrosée à l’autre bout du monde vers 4 heures du mat’. C’était dans une autre langue mais heureusement pour moi cette nuit-là, la consonance était la même en anglais qu’en français. Gentil serveur caribéen qui tentait de me réveiller alors que je dormais avachie sur 2 chaises que j’avais mises bout à bout pour feindre un lit douillet. Cet épisode terminé, nous ne cesserons, avec mon acolyte professionnelle préférée, de nous remémorer cette scène en souvenir de grands moments! Mais, là, tout de suite je ne suis pas dans les Caraïbes. Il ne fait pas 25°C. Je ne suis pas bourrée non plus (quoique) et je n’entends pas de musique. Je tente un “oui” à peine audible. “Est-ce que vous avez mal ?”. La question me paraît saugrenue mais surgit au même moment la sensation étrange que je vais m’évanouir. Je réponds alors à la dame : “Non, j’ai pas mal, mais çà va pas”. “Qu’est-ce qui ne pas pas, Madame ?”. “Pfffff… j’sais pas, je pars…..”. Tout se met à tourner autour de moi et la douce jeune femme semble s’affoler. Elle baragouine une phrase dans laquelle je n’entends que le mot “morphine”. Et paf, elle m’injecte dans le haut du bras droit un produit qui instantanément me faire reprendre conscience. Je tourne ma tête pour voir l’horloge accrochée au mur blanc et je lis : 14h50. Oups, mon Homme doit m’attendre là haut. J’étais censée remonter vers midi… Je dois garder les yeux ouverts, absolument, lutter contre le sommeil qui veut m’envahir pour remonter vite. Pour que mon Homme n’attende pas. Pour qu’il ne s’inquiète pas. Finalement, Souleymane finit par revenir. Chouette! Re course poursuite dans les couloirs. Je suis moins fraîche que ce matin. J’essaie de rassembler mes souvenirs mais pour dire vrai, je ne me souviens pas que mon Homme était dans la chambre lorsque je suis revenue. Je crois qu’il est arrivé un peu plus tard. Si c’est çà, tant mieux. Si c’est pas çà, tant pis. Ce dont je me souviens en revanche c’est de mettre traînée aux toilettes, accrochée au porte perfusion, pour faire un pipi tout bleu. Çà y est, je me suis transformée en schtroumpfette… Et quand je te dis bleu, c’est bleu électrique. Comme du Harpic WC. La blague durera 48 heures et permets moi de te dire que c’est tout de même très étrange comme sensation! La fin de la journée me réserve une surprise de taille. Mon ex mari vient me rendre visite avec mes 2 ados chéris qui ont l’air un peu médusés de voir leur maman dans cet état là. Mon fils sourit de toutes ses dents, limite de rire, comme si je lui faisais une blague. C’est probablement aussi une façon de cacher son émotion, tellement pudique ce garçon! Ma fille aînée, quant à elle, est plus fermée contrairement à son habitude. Elle paraît plus inquiète. Il faut dire que la scène est inhabituelle. Mon Homme avec mon ex et les 2 enfants. L’atmosphère se refroidit comme toujours en présence de mon ex… Les enfants ont l’air moins à l’aise. Bon, toutes façons, va pas falloir prendre racines les p’tits loups, maman est fatiguée et a juste une énorme envie de dormir. Mon ex nous salue. C’est gentil quand même d’être venue. Il a l’air touché par ce qui m’arrive. Très étonnant quand je repense à son attitude lorsque j’étais parfois malade (certes moins grave mais malade quand même) lors de notre mariage. Cela le rendait désagréable voire agressif. Mais ce n’est pas non plus le sujet ici et ceci fera l’objet d’un autre “défouloir”, un autre jour… Mon Homme, lui, comprend vite (comme toujours) que j’ai besoin de dormir. Demain est un autre jour. J’ai déjà hâte de retrouver ma maison et surtout de savoir si je vais pouvoir passer Noël avec eux…



Ciao petite boule

2 02 2011

Comme prévu, le brancardier vient me chercher à 9h45 et … je suis prête! Enfin une image sympa : un beau grand black musclé et souriant. Son p’tit nom, Souleymane. Et Souleymane il te parle comme si on se connaissait depuis toujours : “Alors çà va Madame Clot ? pas trop angoissée ?” Moi bien sur “nan, nan pas du tout”. Il fonce Souleymane. Il va à fond dans les longs couloirs de l’hôpital. Bien sur, je vois défiler les fameux néons au plafond tout le long de notre court voyage. Arrivée dans la salle d’attente du bloc. Alors là, c’est pas mal non plus. Des lits roulants alignés, garés comme sur un parking avec des étiquettes collés au pied des lits. C’est chacun son tour. Je remarque vite que certains sont aussi réveillés que moi, d’autres en revanche ont l’air totalement dans le pâté! Je comprends vite que ce lieu sert aussi de “salle” de réveil pour ceux qui sortent du bloc. Et toujours toutes les petites fourmis qui courent dans tous les sens. Bon, les petites fourmis se sont transformés en frelons. En effet, ce lieu est plutôt occupé par des garçons qui poussent, décalent, rangent, font et refont les lits et les tables d’opération sur lesquels passent des dizaines de corps meurtris par la maladie, la douleur. Tous les âges, toutes les couleurs, tous les genres. Eux, ils gardent le cap. Çà rigolent, çà charrie, çà se plaint. C’est comme au bureau en fait… Sauf que c’est moins glamour que chez L’Oréal, merde, quoi!! L’anesthésiste me rend visite. Tout est ok. J’aperçois 3 secondes le chirurgien, qui va m’enlever ma p’tite boule. Le docteur Evelyne B. Je la vois comme une femme formidable. La cinquantaine, des yeux verts aciers, un visage dur. Lors du rendez-vous pré opératoire, j’ai vu tout suite que c’était une routière du bloc. Elle ne fait que çà. Des tumoréctomie. Elle voit des seins tout le temps. Elle sauve des vies tous les jours. Et çà fait des années… Tant mieux, çà me rassure. Elle connait son sujet par coeur. Mais là, pas le temps de lui parler. Je me rappelle simplement à ce moment là que je suis sa dernière patiente de l’année 2010. Après c’est les vacances. Elle prend le train dans l’après-midi. Elle va à Gordes où elle a une maison. Elle va passer les fêtes en famille. Peut-être que moi aussi, je passerais les fêtes en famille… Mais sans ma fille Manon. Nous avons du changer nos plans. Elle est partie au pied levé chez Mamie, en Provence, avec son cousin et sa cousine. Elle sera mieux là-bas. Dans une ambiance joyeuse. Dommage, c’était la première fois que nous avions prévu un Noël chez nous, en famille justement. Mon Homme et les 3 enfants. Dans notre maison. Celà faisait des années que nous passions Noël à Grasse, chez ma mère ou plutôt à son chevet, en se disant à chaque fois que c’était peut-être son dernier Noël. Atteinte d’une maladie des bronches, elle a passée des années reliée à un fil d’oxygène 24h/24. Souffrant de multiples maux découlant des traitements, elle pouvait faire de moins en moins de choses ou alors à 2 à l’heure. Bon mais là n’est pas le sujet. Je parlerai de ma mère plus tard. Pour une fois le sujet c’est MOI! Je pars donc en salle d’op’. Déco classique. Murs blancs. Meubles acier (remarque c’est tendance). Lumière franche. EnOOOOrme lampe au dessus de moi. Et les petites fourmis qui préparent le cochon pour le boucher. Çà va à 200 à l’heure. Et çà me couvre de Bétadine jusqu’au nombril… Et là je demande : “Heu… çà s’en va au lavage ?”. “Ben, oui” me répond l’anesthésiste qui a l’air de me prendre pour une pomme. Faut dire que comme question importante, y à mieux. Bon, maintenant on m’écarte le bras gauche, le tire vers l’arrière (heu… s’il vous pl… çà tire un peu là, heu… nan, là çà fait mal… ” Oups, pardon” finit-il par dire!! C’est quand même dingue ces gens qui pensent que tu dors ou que tu es un mannequin en plastique comme à la fac, et sur lequel tu peux tirer, piquer, ouvrir, etc…). Et maintenant l’infirmier anesthésiste dit “Attention, je pique”. Et là je me dis en moi-même : “Ouais, t’as raison, au point où j’en suis, tu peux piquer. Et puis comme çà je vais partir voir Morphée, çà sera plus cool”. Même pas le temps de finir ma pensée, je disparais des contrôles radars…le_bloc2.jpg



chambre avec vue

31 01 2011

Je fais rapidement connaissance avec mon nouvel espace de vie… 12m², 2 lits sur roulettes, 2 placards aussi hauts que peu larges, 2 tables roulantes, 2 porte-perfusions, 2 tablettes et 2 barres au-dessus des têtes de lits pour branchements divers. Ma voisine vient à peine de remonter de la salle de réveil. Elle a une “thyroïde”, dit-elle dans un souffle un peu vaseux. Femme d’une petite soixantaine, nous sommes déjà involontairement solidaires l’une de l’autre, dans un combat qui m’est encore étranger. Je subodore que c’est un cancer ; déjà opérée il y a 10 ans de la première partie. Ah oui c’est vrai, cette maladie peut récidiver. Même anéantie, supprimer, guérie, effacée, elle peut revenir, parfois, encore plus violente, plus douce ou plus pernicieuse. Ben j’ai pas fini de m’angoisser, moi! Allongée sur mon lit king size, encore habillée, (malade moi ? non, non, je fais que passer et puis je gère moi! enfin j’en ai l’air), faut qu’j'prévienne mon Homme que je ne suis plus sur ma chaise dans le couloir. En regardant mon téléphone portable, je vois que j’ai encore des messages! Depuis ce matin, çà n’arrête pas. J’en recevrais plus de 25 en 24 heures. D’amis proches ou moins proches, de gens improbables aussi qui me touchent. Chacun avec ses mots. Certains pensent fort à moi ou sont tout près de moi, d’autres m’envoie plein de courage (oui, oui, je prends); ou cet ex collègue qui a appris pour mon cancer de sein, qui est choqué, mais qui sait que je sortirai vainquante de cet épreuve (un polonais au look délirant). Ou encore le parrain de ma fille, surement mon meilleur ami, qui me dit qu’il pense à moi, qu’il faut que je me dépêche de lui revenir avec la patate pour qu’on boive un coup et qu’on fasse la ribouldingue et qui m’aime; que si j’ai besoin il est là, que j’ai qu’à le dire et qu’il déboule! Je suis submergée par l’émotion. Mon fils, qui me souhaite une “bonne opération”, pudique à son habitude mais si proche de moi… Ma meilleure amie qui me dit qu’elle veut bien des nouvelles et qu’elle m’aime fort fort fort et encore plus. Çà fait chaud au petit coeur tous ces gens qui me disent qu’ils m’aiment…. Un autre message encore qui m’a fait un bien fou, “dors bien… ceux qui t’aiment veillent sur toi”. Le temps d’en lire quelques-uns et mon Homme m’a devancée, une fois encore, me demandant si je suis enfin installée. Oui. Il arrive, vient juste pour me souhaiter bonne nuit. Çà n’a servit à rien! La nuit est courte et largement perturbée par la vie nocturne de l’hôpital. Persuadée que j’aurais pu très bien dormir, je peste contre la sonnerie du téléphone, jusque tard dans la nuit. Contre les infirmières et aides soignants qui font très bien leur travail, certes, mais qui oublient peut-être parfois qu’il y a des gens qui dorment (putain, merde, c’est dingue çà! tu peux pas arrêter de hurler de l’autre bout du couloir pour appeler ton collègue. Prends tes jambes et déplacent toi, tu vas voir çà marche pareil…). De ma fenêtre (ah oui, j’ai quand même une chambre avec vue mais pas sur le jardin), je vois la salle de repos des infirmiers. Je les vois déambuler une tasse à la main, s’essuyant le visage, se lavant les mains comme il respire, sans arrêt. Il s’assoient aussi, parfois, laissant deviner leur épuisement, le ras le bol des heures sup’. Et de temps en temps, de préférence vers 2 ou 3h du matin, juste après que tu ais enfin réussi à croiser Morphée, des gros éclats de rire. A un moment, j’ai même cru qu’ils faisaient une teuf! 6 heures du mat’, l’aide soignante vient me réveiller. Faut que je prenne ma douche à la Bétadine, que je m’attife avec les chaussons en papier, la charlotte sur la tête et la superbe robe fermée avec deux pauvres cordelettes au cou et autour de la taille. Tu sais celle qui laisse très élégamment apparaître ton derrière. Et toute la tenue dans un ton bleu pâle particulièrement seyant. C’est tôt 6h. Très tôt. Surtout pour la petite marmotte que je suis. Il est prévu qu’on vienne me chercher pour me “descendre au bloc” à 10h!!!4 heures pour se préparer. Je devrais y arriver si je ne traîne pas trop sous la douche.chambre-vue.jpg



Le brouillard se lève

27 01 2011

Après mon auto massage du sein gauche au milieu des clients, je reviens donc à Saint Louis dans le service de la Médecine Nucléaire (hum… super le nom, et puis pas anxiogène du tout!). La radio se passe bien : pas d’aiguille, pas de scalpel, pas de perfusion, bref peu ou pas d’agression, juste morale mais là encore je suis forte, du moins j’en ai l’air, même pas mal.Les gens font leur travail et clôturent la séance en me dessinant une jolie croix au gros feutre noir à l’endroit exact du ganglion sentinelle. J’ai maintenant l’air d’un cochon tatoué. Je monte dans le service qui doit m’accueillir. 5ème étage - Lavande. Chouette nom pour un séjour à l’hôpital, où l’impression de flâner dans les champs de Provence prendront peut-être le dessus sur le reste… Arrivée au poste d’accueil de l’étage et, de suite, Bienvenue dans le service public : Personne. Dans les couloirs, en revanche, plein de petites abeilles butineuses qui courent, transportent, interpellent, discutent, poussent des brancards, des chaises roulantes, tout autour de nous. Oui Nous. Mon Homme est toujours avec moi. Là. Présent. Aimant. Affectueux. Attentionné. Rassurant. Oui, c’est çà, très rassurant. Solide comme un roc (en tous cas il en l’air). Dans ce tourbillon d’allers venues, la première question est de savoir à qui on s’adresse : “Heu … pardon, Madam… S’il vous p… Heu, excusez-moi… Madame ? Monsieur ?…”. Finalement un jeune homme s’arrête net dans sa course folle devant moi : “Oui ? Bonj…” Même pas le temps de finir sa phrase. Donc, là, tu rassembles tous tes neurones, tu te concentres très fort et tu penses très vite à faire une phrase la plus courte, la plus claire et la plus efficace possible pour éviter qu’il ne reparte avant la fin. Çà y est, j’ai trouvé!!! “Bonj… Sophie Clot.” Et là, le miracle se produit : “Oui, Madame Clot, vous êtes sur le planning”. YESSSSSSSSSSSSSSS!! Trop cool. Je ferais presque des bonds de joie. La suite est moins drôle (re bienvenue dans le service public), “Bon, on ne pourra pas vous mettre dans une chambre seule…”, oui oui,  parce que faut qu’j'vous dise, habituée à un certain confort, je travaille chez L’Oréal, enfin tout de même quoi merde… j’avais imaginé quelques secondes pouvoir me lover dans un chouette lit au milieu d’une grande chambre claire avec vue sur le jardin. C’est tout moi çà… et le jeune homme de continuer “et on ne peut pas vous mettre dans une chambre pour l’instant car nous n’avons pas de lit disponibles…” Glups! “…mais vous pouvez vous asseoir dans un fauteuil (Ouais, trop cool), jusqu’à ce qu’un lit se libère. On viendra vous chercher.” Le jeune homme disparaît aussi vite qu’il est apparu. Je renvois donc mon Homme au turbin - faudrait pas non plus qu’il croît que lui aussi est en vacances - et en plus je me débrouille très bien toute seule (du moins j’en ai l’air). Je ne sais pas où m’asseoir. Je ne sais pas combien de temps je vais rester sur ma chaise. Je ne sais pas à quoi ressemble la chambre. Je ne sais pas combien de temps je vais rester dans ce service. Je ne sais pas. Je ne sais pas. Le brouillard se lève.

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La mer se retire doucement

24 01 2011

Le 20 décembre, lorsque je rentre à l’hôpital pour y être opérée le lendemain, je suis plutôt sereine, en tous cas j’en ai l’air… Une première étape m’attend : la scintigraphie du ganglion sentinelle. Ah, faut que j’vous raconte, le ganglion sentinelle… Eh bien, c’est en fait, le chef des ganglions mammaires qui se trouvent sous le bras. Et la scintigraphie, c’est une injection de produit radioactif suivie d’une radiographie qui permet de révéler l’endroit exacte où est placé le ganglion. Cela facilite le travail du chirurgien qui va retirer ce ganglion pour l’analyser et éventuellement procéder au curage de toute la chaîne ganglionnaire si les ganglions sont porteurs de cellules anormales, c’est à dire cancéreuses. Mon Homme, toujours là, m’a bien sur accompagnée pour l’examen. Attention âmes sensibles, stopper la lecture maintenant. Un jeune homme m’a allongée et préparée pour subir l’injection. le sein gauche était censé avoir être anesthésié grâce à l’application d’un patch Emla 2 heures avant. Aucune inquiétude donc, même pas peur! Je sais qu’il y a 4 injections à 1cm du mamelon (âmes sensibles, je vous avais prévenu!) . Donc 1ère injection nickel, rien sentie. La 2ème en revanche m’a subitement propulsée dans la galaxie de “Super Mal”. J’ai mordu la table avec mes doigts et des larmes ont coulé… Pourtant j’vous jure j’suis pas douillette. Même le jeune homme il a dit “Ah, là…, vous avez mal.” Ben oui gros con, j’ai mal! Et maintenant il en reste encore 2. Comment je tiens moi ? Bon, ok j’ai rien sentie pour les 2 autres. Mais j’étais ben secouée, les amis. Mon Homme m’a vu revenir dan la salle d’attente toute pâlotte, la mine défraîchie, quoi. On devait revenir 2 heures 1/2 plus tard - en fait c’est toujours mieux quand tu es sans emploi pour ce genre de choses car tout rendez-vous dure au minimum la 1/2 journée - pour la radio, le temps que le produit se dilue correctement.  Là où çà devient drôle c’est que je devais me masser le sein. Oui oui vous avez bien lu, me masser le sein, comme dans les films porno!!! Alors, comme on a toujours pas perdu notre bon coup de fourchette et de pinaaaard avec mon Homme, on est retourné faire un bon gueuleton au resto du sud ouest d’à côté, Chez Tof. Et tu m’aurais vu au cours du repas me masser le sein gauche sous mon manteau… Et tu as beau essayer d’être discrète, tu croises forcément, à un moment donné, le regard furtif et ahuri d’un type qui regarde, bouche ouverte avec yeux de merlan frit, la fille en train de se faire du bien (croit-il) pendant qu’elle mange avec son amoureux!!! Mort de rire.



Les vagues emportent tout sur leur passage

20 01 2011

 vagues.jpgAlors voilà. Le diagnostic est posé. Dur. Glacial. Ahurissant. Et avec lui les premières questions : pourquoi ? pourquoi moi ? Qu’est-ce que j’ai mangé ou bu qui fallait pas ? Bon, bu je sais. Pas que je sois alcoolique mais quand même, dans ma famille, dans ma culture, le pinard çà devrait être o-li-ga-toi-re! Bon, mais c’est pas çà. Pas d’hérédité. La pollution peut-être ? Ben oui mais et les autres alors,  pourquoi tous les parisiennes n’ont pas un cancer du sein ?? Maladie multi factorielles a dit le docteur oncologue. Ah oui parce que j’ai appris aussi qu’on dit plus cancérologue mais oncologue! Une hypocrisie de plus : on change rien à la maladie mais on l’appelle différemment. On ne prononce pas le mot. Arrrhh çà fait peur.Mon homme et moi, et les enfants avec, on passe le weekend suivant dans l’ouragan. La mer toute entière nous a recouvert. On est monté sur le toit d’une maison pour pas qu’elle nous emporte. Et on fait face. On se relève peu à peu. Pas le choix de toutes façons. Rendez-vous est pris avec le Dr H. à l’hôpital Saint Louis. Une fille adorable qui parait avoir 20 ans. Elle m’annonce : tumoréctomie puis très probablement chimiothérapie et radiothérapie. Mais bonne nouvelle … si, si : on fait une conservation. Elle est contente de m’annoncer çà. Moi je fronce les sourcils. Conservation, boîte de conserve, petits pois… c’est quoi encore ce délire? “Et bien la conservation, Madame, çà veut dire qu’on vous laisse le sein”. Ah ouais? çà c’est bien çà… En fait, à ce moment là,  je m’en fous. Le sein, les cheveux qui tombent, les nausées et tout le reste, je m’en fous pourvu qu’on me sauve. Ben oui parce que c’est bien çà que j’ai tout au fond de moi : la trouille. J’ai l’impression de maîtriser mes sensations, mes pensées, mes questionnements, la maladie. Et je maîtrise rien du tout, en vrai. Je m’effondre dans son cabinet.  On ressort de là tout secoué avec mon Homme et mon frère chéri, qui a tenu à être là. Çà me touche. Beaucoup. Énormément. Depuis que maman est partie, avec les p’tits anges, il est ma souche, mes racines, mon pilier. Celui qui me raccorde aux valeurs formidables de notre éducation. Car c’est bien elle qui me permet aujourd’hui de tenir bon. D’ailleurs pour prouver qu’on est raccord avec nos ancêtres, on se tape un super gueuleton dans un resto du sud ouest à côté de l’hôpital avec une bonne bouteille de pinard!

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La date de l’opération est fixée au 21 décembre. Je risque de passer Noël à l’hôpital. Tant pis, dans la vie y a des urgences. Une scintigraphie des ganglions sentinelles est prévue la veille. Çà aussi c’est un grand moment!!



Les vents soufflent de plus en plus fort

18 01 2011

1 semaine jour pour jour après la découverte de ma p’tite boule, je me retrouve dans le cabinet du radiologue. Mammographie et autres écrasements des seins toujours particulièrement jouissifs, je suis allongée sur la table pour l’échographie. “Bon alors comment çà va ? C’est pour un contrôle ?” commence le radiologue. Bien élevée, je réponds : “heu … non c’est parce qu’en fait… heu… j’ai découvert une p’tite boule, là.” Il me pose sèchement son engin (non pas celui-là, l’autre, celui de la machine d’échographie) direct sur ma p’tite boule… Et c’est là que les vents deviennent violents : “Hou la la, c’est bien opaque, mais pas trop vascularisé. Bougez pas j’appelle le Professeur V qui, par chance et là. On vous fait un petit prélèvement et dans 5 minutes on sait.” Et alors là, je me dis : “mais de quoi… qu’est-ce que c’est ? Dans 5 minutes on sait quoi ?…”. En fait je sais. Alors je me fais le film de l’annonce en vitesse accélérée (je n’ai que 5 minutes!). “Madame, c’est un CANCER. Tout va bien se passer, etc…”. Le docteur V arrive avec sa grande aiguille : “Ne vous inquiétez pas, je vous fais juste une anesthésie locale du sein, un prélèvement et dans 5 minutes, on sait…” Pas le temps de réagir. Il enfonce son aiguille, guidé par le gentil radiologue qui voit tout l’intérieur de mon sein sur son écran (dis donc toi, t’aurais pu demander la permission, non ?). Je commence à sentir un moulinage de cuillère qui fait bouger mon sein dans tous les sens. Tu sais, un peu comme une fille qui cherche ses clés dans son sac à mains! Et ben moi je serais le sac à mains. C’est top! Et çà tourne et çà remue et çà enfonce… Je sens même l’image de l’écran qui bouge derrière ma tête. Super bizarre comme sensation. IL repart avec son prélèvement et 5 minutes après (c’est toujours 5 minutes, c’est la marque de fabrique du cabinet), il revient. Le nez collé à son écran comme pour éviter mon regard il me dit ” il y a des cellules anormales. Il faut vous enlever çà avant les fêtes”. Nous sommes le 3 décembre 2010. La tempête est là. Le vent souffle très très fort. Les vagues sont de plus en plus hautes.

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Et moi de plus en plus petite.



Annonce d’une tempête imminente

17 01 2011

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Le 27 novembre 2010, au soir d’un vendredi une fois encore bien chargé et à l’aube d’un week-end détente en amoureux, je lisais Millénium concentrée à fond sur les aventures de Lisbeth Salander et Mickaël Blomvkist. Pour l’instant rien de passionnant, à part le bouquin, ni de franchement nouveau sauf que… je découvrais en me grattouillant doucement le cou puis le bas de la gorge, un relief tout rond, une bille, juste au-dessus de mon sein gauche. Tiens, tiens… Qu’est-ce donc ? Mon attention se déporta de Lisbeth Salander sur la bille que je tâtais puis re-tâtais. Interpellée par cette nouveauté morphologique qui ne pouvait pas être un 3ème sein, trop haut et surtout trop petit, j’en informais mon alter ego c’est à dire l’Homme qui partage toutes ses nuits avec moi. En lui disant : “Tiens dis-donc c’est bizarre, j’ai une boule, là”. Comme à notre habitude de tout partager, je lui fis tâter ma boule. “Ah, ouais, c’est bizarre, çà, c’est tout dur”.  ”Surement un kyste d’eau” me dis-je. “J’appellerai quand même Serfaty lundi”. David Serfaty est mon gynécologue.  Éminente autorité de l’hôpital Saint Louis avec des feuilles d’ordonnance impressionnantes. Tu vois, normalement ton médecin il écrit son nom, sa spécialité, son n° d’immatriculation et Basta! Lui, y à tout plein de ligne de “Spécialiste en trucs et machins”, de “Ancien Directeur de service bidules” et même 2 insignes qui ressemblent à la légion d’honneur ou l’ordre du mérite. Dingue!! Cà doit vouloir dire qu’il est bon ou alors c’est juste pour justifier les 110€ qu’il me tire à chaque consults…. L’addition commence à être sévère depuis 25 ans que je le vois mais bon je ne vais pas le regretter…







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